Gentleman toaster

Publié le par Benjamin Mimouni

Joseph Cotton

Joseph Cotton

Cette semaine, mon album préféré est Dancehall Days 1976-1984, une compilation des premières chansons de Joseph Cotton. D'abord parce ces années-là marquent vraiment une période charnière dans la musique jamaïcaine (voir l'article sur Henry Junjo Lawes). Il se passe beaucoup de choses en peu de temps : les rastas revendiquent le côté conscious, Bob Marley explose sur la scène internationale, les DJ sont au top, le dancehall fait ses premiers pas, le punk, le dub, et les artistes du monde entier viennent enregistrer à Kingston.

La compile de Joseph Cotton est en plein dans cette ère de surproduction musicale. À l'intérieur de la pochette, en quelques lignes, le chanteur rend hommage à ses prédécesseurs, à commencer par U-Roy, maître incontesté des sound-systems, notamment du King Tubby's Hi-Fi, celui qui a inspiré Dennis Alcapone, I-Roy, et Prince Jazzbo. En 72-73, c'est l'émergence de Big Youth et le deejaying prend une nouvelle dimension, il entre dans l'ère du Rasta Man Chant. Ouvrir l'esprit, le tout lancé sur des bolides à folle allure. Dillinger, Trinity, Ranking Joe et U-Brown s'engouffrent dans la brèche. Ce sont tous ceux-là qui ont donné à Joseph Cotton l'envie de se lancer à son tour. Encouragé par ses pairs, il entre dans la danse en 1976.

L'album Dancehall Days 1976-1984 suit ses débuts point par point. Chaque chanson est une version de morceaux préexistants : Paragons, John Holt, Dennis Brown, Slim Smith, Techniques. Joseph Cotton s'approprie le moindre riddim et ses versions sont mi-écrites, mi-improvisées, ponctuées de commentaires sur le monde, l'époque, la Jamaïque, Jah. Ce n'est pas un album conçu en tant que tel mais bien une compilation de titres étalés sur huit ans. Du coup, on rencontre plusieurs producteurs : Sonia Pottinger, Harry Mudie, Carlton Patterson, Bunny Lee, Trevor Elliott, et plusieurs ingénieurs du son : Errol Brown, Prince Jammy, Scientist, King Tubby, Bunny Tom Tom.

Toutes les chansons sont vraiment géniales. Joseph Cotton possède une voix grave et posée, il est toujours plein de retenue, stylé, sapé, des manières de gentleman. Les propos sont toutefois bien ceux d'un rasta de son époque : la ganja, Babylone, Jah, le combat (« a tooth for a tooth »). on n'en sort pas.

Dancehall Days

Dancehall Days

Dans la chanson Ali Baba on entend un effet de style bien particulier : une slow down speed intro : la chanson s'ouvre avec l'intro originale de John Holt, ponctuée de la voix et de la toux de Joseph Cotton juste après qu'il a pris une grosse bouffée... d'oxygène, puis on entend le son d'une bande rembobinée à grande vitesse (souvenez-vous de cette petite chose rectangulaire en plastique qu'on appelait une cassette) et la chanson recommence avec la même intro en version plus rapide, avec la même voix, la même toux, et quelques échos dub du meilleur effet en sus. King Tubby? Sans doute.

La suite du livret est signée Hans Peter, l'homme à l'origine de la compilation, voici sa conclusion :

« Dancehall Days 1976-1984 est une magnifique compilation des premières chansons de Joseph Cotton qui n'étaient jamais parues en CD ou LP auparavant. Elles jettent un pont entre le rocksteady, le reggae et les débuts du dancehall. Avec ce travail, l'artiste est finalement devenu un des meilleurs DJ jamaïcains ».

« Jah Jah live forever »

« The old time live »

« King Sélassié I live » (prononcer « Aïe » et nom « the first » car Hailé Sélassié est présent en chaque rasta).

Et Joseph Cotton live.

 

Dessin de Charlie Boy

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