Les Assises du flingue

Publié le par Benjamin Mimouni

Les Assises du flingue

Cette semaine, mon chanteur préféré est Ranking Joe, encore un DJ. Et encore une fois où l'image a précédé la musique. Normal puisque la lumière va plus vite que le son.

Premier tête à tête avec Ranking Joe : le dessin d'un rasta à moto, de face, ça prend tout le cadre, fond violet, très sombre, phare avant éteint, et c'est à peine si on peut distinguer le blase du chanteur et le titre de l'album : Weakheart Fadeway, « weakheart » signifiant ici Babylone, les non-rastas, non purs, cœurs faibles et hommes de peu de foi. Nous sommes en 1978 et ce deuxième album de Ranking Joe est produit par Joseph Hoo Kim. Vite, fort et loin, voilà en trois mots le propos.

Les Assises du flingue

Le chanteur avait commencé timidement sa carrière en 1975 sous le pseudonyme de Little Joe, se produisant dans le sound-system de Clement Coxsone Dodd et enregistrant sous sa houlette un premier titre, Gun Court (une cour de justice créée en 1974 en Jamaïque spécialement pour juger les nombreuses affaires impliquant des armes à feu, aussi expéditive que sans pitié), sans succès. On peut trouver ce morceau sur une des nombreuses compilatons Sudio One : DJ volume 2. Petit aparté : je trouve que le filon semble s'essouffler, et la dernière en date, Dancehall, commence à sentir les fonds de tiroirs, et en plus elle coûte un bras, et que vouloir faire du blé à tout prix, surtout au détriment de la qualité, ce qui clairement le cas ici, n'est jamais une bonne idée. Mais ce n'est que mon avis.

Après ce premier échec, Little Joe, qui n'a alors que qunza ans, repart sur les bancs de l'école avant de revenir traîner les sound-systems au bout d'un an. Nous sommes en 1976 et le petit Joe a pris de l'ampleur, on l'appelle à présent Ranking Joe, soit le très respecté. Il rejoint le sound-system de U-Roy et sort son premier album dès l'année suivante.

En plus du sound, il travaille avec des producteurs très respectés : Joseph Hoo Kim, Sonia Pottinger, Joe Gibbs pour le compte duquel il enregistre Natty Superstar. La pochette montre une petite photo rectangulaire du jeune Ranking Joe sur fond noir, main sous le menton et casquette de marlou sur la tête, comme s'il était une figure de jeu de cartes. Grosse, grosse tuerie. Le ton est celui de la lutte, l'heure de la rigolade n'est pas encore venue, surtout que Daddy U-Roy veille au grain. Sur le titre Carpenter, Ranking Joe parle de combattants, les « strugglers ». Ton père, ta mère, ta sœur en sont. Ses mots font écho à Freddy McKay qui, plus ou moins à la même époque, mais sur un mode plus roots, chante Tribal Inna De Yard :

« Your father was a warrior

And your mother was a warrior

Your brother was a warrior too ».

Des combattants, des résistants, les voilà les rastas de la seconde moitié des années 70. la grande époque, aux armes, et cætera.

Dans sa façon de chanter aussi, Ranking Joe transpire le combat et l'urgence. Il accélère le rythme et invente le « fast-style ». Il court plus vite que tous les autres. En même temps il avait bien prévenu : la grosse cylindrée. Pas le temps pour la ballade.

Dans les années 80, il fait partie du Ray Symbolic Hi-Fi, un sound-system qui s'exporte jusqu'en Angleterre. Ranking Joe est alors l'un des DJ les plus écoutés au monde, et son style fait des émules, Beenie Man, notamment.

Dans les années 90, il vit à New-York, dans le Bronx, où il produit quelques albums et tourne encore, mais un peu moins frénétiquement qu'au temps de sa jeunesse. La guerre est lon derrière. Tonton Joe s'est rangé des bécanes. Mais pendant les cinq ou six premières années de sa carrière, comme bien d'autres rastas, il a fait siens ces quelques mots : « Je me déclare en état de guerre totale », dernière phrase du roman Mars de Fritz Zorn. Et c'est la seule chose qui compte : le combat. Gagner ou perdre n'a vraiment pas d'importance.

 

 

dessin de Charlie Boy (ça faisait longtemps...)

Commenter cet article

FabFab 22/12/2015 03:27

https://www.youtube.com/watch?v=wv3jayGibyE

Big up :)

Ben 19/12/2015 17:56

Eh oui, le grand Charlie Bossu nous régale avec une nouvelle série de dessins dans un style différent. Affaire à suivre.

Ranking guy 18/12/2015 18:24

alors little joe et ranking joe c'est kif kif bourricot, bonnet blanc et blanc bonnet quoi.
cool le dessin