Stalag 17 earthquake

Publié le par Benjamin Mimouni

Winston Riley

Winston Riley

Cette semaine, mon musicien, chanteur et producteur préféré est Winston Riley, fondateur du groupe puis du label « Techniques », orfèvre patenté du riddim le plus puissant de tous les temps, un méchant truc qui frappe fort comme la foudre, une ligne de basse à fendre la terre, puissante et retenant son souffle, le Stalag 17, joué pour la première fois par Ansel Collins en 1973, des milliards de fois décliné et toujours inaltéré.

En 1962, Franklyne White, Frederick Waite, Slim Smith et Wiston Riley fondent leur groupe: Techniques. Et déjà les plus grands se penchent sur leur berceau : Prince Buster leur prodigue des conseils pour leur premier single No One en 1963. Puis se sont Stranger Cole et Ken Boothe qui les introduisent à Treasure Isle, le label de Duke Reid en 1966 avant que Slim Smith ne quitte le groupe pour se lancer avec succès dans une carrière solo.

À Treasure Isle, Winston Riley fait ses premiers pas d'arrangeur et de producteur. On lui doit quatre tubes : You Don't Care, Queen Majesty, My Girl et Love Is A Gamble, deux reprises des Impressions et deux chansons originales.

Le groupe quitte alors l'île au trésor de Duke Reid et disparaît plus ou moins des radars musicaux. C'est que les Techniques veulent faire les choses proprement et avec application. Le label « Techniques » apparaît au milieu des années 70. entre-temps, Winston Riley a beaucoup travaillé, il a ciselé ses intros devenues légendaires : « I'm... the magnificent », qu'on peut entendre dans la chanson Double Barrel de Dave et Ansel Collins, la deuxième meilleure vente de reggae à l'international, excusez du peu. C'est d'autant plus impressionnant qu'il s'agit d'un morceau instrumental.

Stalag 17 earthquake

Des années 70 jusqu'aux années 2000, Winston Riley produit, s'adapte, il ne perd pas le fil de la musique, intègre les progrès techniques, les nouveaux rythmes, déroule, enchaîne les tubes, travaille avec les artistes les plus variés : du classieux Johnny Osbourne issu du rocksteady (Come Back Darling et Ready Or Not, surtout connu pour sa reprise par le Fugees, hou la la la!) au gros dancehall à roulettes de General Echo (Arleen) en passant par la « terrific » Sister Nancy, qu'il lance à 19 ans avec la chanson Bam Bam, une variation sur le Stalag 17, décliné plus tard par Yellowman, Tenor Saw, Super Cat, Little John, Sugar Minott, Yami Bolo, Michael Prophet, Brigadier Jerry,, comme s'il n'y avait plus que ça au monde et qu'il fallait s'y accrocher, le tordre pour essayer de l'ouvrir, de le désosser, de le briser, mais il ne se brise jamais, il est taillé dans du métal massif, calibré pour la guerre atomique, inoxydable.

Les années passent et Winston Riley continue à produire les nouveaux héros du reggae digital :Johnny P, Buju Banton, Tiger, Sanchez. Il fabrique sa propre légende, tirant son inspiration du passé pour mieux écrire le présent. Voilà qui est Winston Riley. Un bon. Un très très bon. Pour défricher un peu son œuvre si dense, il existe un double CD de la collection « Reggae Anthology » intitulé Winston Riley Quintessential Techniques, paru en 2009. Je ne saurais trop vous recommander de retourner ciel et terre pour vous le procurer au lieu de perdre un temps précieux à lire des blogs à la con (je dis ça pour les autres, le mien est bien!).

 

Dessin : Charlie Boy

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