Master Of Puppets

Publié le par Benjamin Mimouni

Bunny Lee Kingston Flying Cymbals

Bunny Lee Kingston Flying Cymbals

 

Cette semaine mon producteur préféré est connu sous le nom de Bunny « Striker Lee. « Striker » étant le surnom qu'il a gagné à force d'imposer des hits les uns après les autres.

Au début des années 70, le reggae entre dans une nouvelle ère et les producteurs qui ont fait les belles heures du ska, du rocksteady et du early reggae laissent peu à peu la place à une nouvelle génération : Prince Buster s'exile à Miami, Duke Reid meurt en 1974 et Dodd, qui n'a pas senti la montée en puissance du dub, est peu à peu dépassé. Du coup c'est place aux jeunes. Et Bunny Lee est de ceux-là. À partir de 1973, il faut compter avec lui. Il collabore avec King Tubby et contribue à l'essor du nouveau courant dub. Il produit des artistes issus de la vague précédente : Delroy Wilson, Ken Boothe, Slim Smith, ainsi que les talents émergents : Cornell Campbell, Johnny Clarke, Max Romeo. Il est vraiment à la charnière.

Il dispose pour s'imposer d'une belle écurie de chanteurs et agit avec eux un peu comme un marionnettiste : on lui propose une chanson, il imagine tel ou tel artiste pour la chanter, enregistre, et si le résultat lui plaît il sort le morceau. Il est aussi l'un des tous premiers producteurs à enregistrer plusieurs artistes sur un même riddim. Au départ, c'est pour des raisons économiques : une fois le riddim en boîte, plus besoin de payer des séances de studio avec les musiciens : un seul King Tubby aux manettes suffit. Mais le public apprécie cette façon de faire et la pratique restera.

Bunny Lee dispose également de son groupe de studio : The Aggrovators, constitué des meilleurs musiciens de l'île : Sly et Robbie, Tommy McCook, Earl « Chinna » Smith, Winston Wright. Ce bonhomme-là brasse un monde de fou, et du beau monde, dans les années 70.

Il passe aussi pour être l'inventeur d'un nouveau beat de batterie : le « Flying Cymbal », un jeu qui met largement en avant la cymbale charleston qui donne un style aérien à la batterie, entendu pour la première fois, et de façon démonstrative et flagrante, sur le morceau None Shall Escape The Judgment de Johnny Clarke, une tuerie, et je pèse mes mots. Toutefois, cette « invention » est à nuancer. D'aucuns prétendent (et parmi eux le plus grand bassiste jamaïcain, autant dire du monde : Robbie Shakespeare) que Bunny Lee n'a pas inventé le Flying Cymbal, mais qu'il a simplement repéré et mis en avant une pratique qui existait déjà depuis plusieurs années. Mais même si ce n'est que cela, c'est déjà une grande réussite et un fait à noter dans l'histoire du reggae et de la musique en général. À partir de là, la polémique est à mon sens tout à fait hors de propos. Qu'il ait inventé où simplement repéré le Flying Cymbal est anecdotique. Ce qui est important, c'est le nombre de chansons fabuleuses qu'il a produites.

Pour se faire une meilleure idée du travail de Bunny Striker Lee, on peut se procurer un disque intitulé I Am The Gorgon, qui est en réalité la BO d'un film documentaire consacré au producteur. La tracklist est monstrueuse, ahurissante, et méritera une description détaillé dès la semaine prochaine.

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