Don't cry for me Jamaica

Publié le par Benjamin Mimouni

Gregory Isaacs Willow Tree

Gregory Isaacs Willow Tree

Cette semaine mon chanteur préféré est toujours Gregory Isaacs. Il faut dire qu'avec lui, il y a de la matière. On résume : il est, avec Dennis Brown, l'autre tête du roi du lover's rock, un style de reggae qui parle d'amour, en gros. Les deux chanteurs ont partagé l'album Two Bad Superstars. Mais la figure de Gregory Isaacs, tout comme celle de Dennis Brown d'ailleurs mais là n'est pas le propos aujourd'hui, est remplie de fissures et de contradictions. D'un côté, il y a le Lonely Lover tout de blanc vêtu susurrant des chansons d'amour d'une vox de velours, soulignée par des chœurs éthérés, de l'autre le cocaïnomane toujours lesté d'un flingue. Et puis il y a aussi le rasta : son label s'appelle African Museum.

La plupart de mes sources pour cet article et le précédent sont tirées des notes de pochette de l'album Willow tree, le saule pleureur, plus une compilation qu'un best of, qui offre des titres parus dans la pleine période de plus grosse bourre de Gregory Isaacs, soit 77-78. l'album est sorti en 1992 chez Jamaican Gold, un label qui propose des rééditions de « Golden Oldies », des vieux machins en or massif.

Willow Tree regroupe dix titres issus de GG Records, le label d'alvin Rangling avec qui Gregory Isaacs a travaillé dès son premier album In Person. Il contient notamment deux reprises d'Alton Ellis : Breaking Up et Willow Tree qu'Isaacs a si bien su se réapproprier. La preuve, la chanson donne son titre à tout l'album :

« They said it once the tears have fallen

The willow cries eternally

Cries sad for me willow tree

Don't shake your tears eternally

Cause I have found a love

And I need your tears no more

No more. »

On est là en plein romantisme, les arbres pleurent pour l'amoureux éconduit qui finalement retrouve l'amour et demande au saule de retenir ses larmes. Ce n'est pas du Gregory Isaacs et pourtant la chanson colle à merveille à son répertoire.

Les huit autres titres ont tous été écrits par Gregory Isaacs. On retrouve deux énormes tubes : No Speech, No Language et My Number One et des chansons aux titres représentatifs de l'univers lover : Lonely Teardrops (encore des larmes), Let Me Be Your Special Guest, ou encore If You Feeling Hot, I Will Cool You (n'oublions pas son surnom de Cool Ruler).

À noter que My Number One est augmentée d'un toast de Trinity. Un méchant toast. Au milieu de la chanson Trinity prend le relais. Le téléphone sonne :

« Hello ».

Voix de femme : « Hello Trini

    • What's up me baby?

    • I heard your number one DJ of today

    • Why you say so? »

Et voilà que la chanson d'amour se transforme en une déclamation à la gloire du DJ : « Number one in England, number one in Ireland, number one DJ, truely I the number one, T-R-I-N-I-T-Y that's my name ». Génial. C'est pour ce genre de mises enscène que j'aime tellement cette musique.

Et puis il y a aussi l'imagerie. La photo de pochette montre Gregory Isaacs de profil en plan serré : polo blanc, évidemment, mais il n'a pas encore son fameux chapeau, ni son costume, un bandeau vert-jaune-rouge lui ceint la tête et retient ses dreads. La sueur ruisselle sur son visage, un filet de fumée s'échappe de ses narines, sa main droite couvertes de bagouzes à grosses perles tient un pétard. Il a les yeux mi-clos. À quoi pense-t-il? Peut-être est-il trop défoncé pour penser...

J'avoue qu'au début je n'étais pas un grand fan de Gregory Isaacs mais en plongeant dans son univers et son histoire, et à force d'écouter et réécouter ses chansons, j'en suis venu à mieux l'apprécier. C'est pour ça qu'il a mérité une double place ici : bad bad superstar.

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