Costume trois pièces

Publié le par Benjamin Mimouni

Trinity Three piece suit
Trinity Three piece suit

Trinity Three piece suit

Cette semaine, ma chanson préférée est I'm Still In Love With You d'Alton Ellis. Enfin c'est pas tout à fait ça. Parce que bon, en elle-même la chanson est sympa, mais elle ne casse pas trois pattes à une chaise non plus. Ce qui m'intéresse surtout, c'est la façon dont elle a traversé le temps, de 1967 à aujourd'hui, soit cinquante ans, entre reprises et versions.

Alton Ellis, un crooner issu du rocksteady, sort sa version, la première, en 1967. C'est une gentille chanson d'amour, ni plus ni moins, c'est l'époque qui veut ça :

« I'm still in love

With you girl », fait le refrain. Mais le riddim, alors là c'est quelque chose. Vous le connaissez déjà, c'est celui du tubesque Uptown Top Ranking d'Althea et Donna. L'intro vous met d'emblée dans le bain, et la mélodie vous reste dans la tronche pendant des jours.

Peu de temps après, Hortense Ellis (la sœur d'Alton (pas Dalton, puisque chez eux il n'y a que quatre frères (tagada tagada))) en chante une reprise. Je dis bien une reprise, on ne peut pas parler de version. Elle féminise simplement les paroles : « I'm still in love with you girl », devient « I'm still in love with you boy ». une petite variation tout au plus, pas vraiment une réécriture. Et le rythme est un peu ralenti. C'est loin d'être une version.

Idem pour Marci Aitken en 1970 : une nouvelle reprise. On reste dans les mêmes eaux tièdes.

Mais en 1977 déboule Trinity et son morceau Three Piece Suite produit par Joe Gibbs. Là on peut parler de version : l'intro aux cuivres est conservée, de même que le riddim original, mais tout est transformé : les paroles, le flow. Trinity ne se contente pas de reprendre la chanson. En bon DJ, il retravaille le matériau à sa mesure, le toaste et l'emporte un peu plus loin, déconstruit, décline et reconstruit. Three Piece Suit reste son plus grand succès à ce jour.

Comme le dit Tenor Saw dans un de ses morceaux :

« Give me the riddim

Give me the version ». En gros « Envoie la sauce et moi je ferai le boulot ». Ou Diam's : « Quand on me donne un son tout le monde sait que je le saigne ». C'est comme ça que ça marche : un bon son, un bon riddim et boum.

La version de Trinity a tellement de succès que dans la foulée, Joe Gibbs fait enregistrer Uptown Top Ranking en réponse. C'est encore plus fulgurant, la chanson est catapultée tube de l'été et numéro un des charts.

En 2001, U-Roy enregistre sa version de I'm Still In Love en duo avec Alton Ellis sur l'album Now. Cette version-là propose un bon compromis entre la chanson originale et une version DJ. Le riddim est toujours efficace, U-Roy aussi. Alton Ellis continue à jouer les crooners. C'est comme si toutes les reprises et versions successives de la chanson s'imbriquaient les une dans les autres pour offrir une pièce définitive, synthétique. Le temps a bien passé mais la chanson est toujours là, l'intro également, comme U-Roy, comme Alton Ellis, les vieux de la vieille. Tout le monde en prend bien conscience et la boucle est bouclée.

Mais c'est chiant une boucle bouclée. C'est trop net. Définitif. Alors on ouvre une autre boucle. On propose encore une autre écoute à mi-chemin entre l'originale est sa version DJ, et c'est Sean Paul et Sasha qui s'y collent. Sasha chante le refrain comme Hortense Ellis ou Marcia Aitken :

« I'm still in love

With you boy ».

Bien sûr elle ne bouge pas de la même manière, remuant ses fesses énormes de façon plus que suggestive. Et Sean Paul se charge de la partie DJ et ça devient Dirty Dirty Love, un truc gras à souhait. C'est bien aussi. Très bien même.

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