One Bad Superstar

Publié le par Benjamin Mimouni

Gregory Isaacs In person (photo)

Gregory Isaacs In person (photo)

Cette semaine, mon chanteur préféré est Gregory Isaacs, le cool ruler, le lonely lover, costume blanc, chapeau et rose rouge à la boutonnière : le patron du style lover rock, et l'un des chanteurs les plus prolifiques qui soient.

Comme pour beaucoup de chanteurs de sa génération (il est né en 1951), sa carrière commence dans les sound-systems et au Vere John's Opportunity, qui donnent aux débutants une chance de monter sur scène et de faire leurs preuves. Gregory se fait suffisamment remarquer pour enregistrer un premier single mais le succès n'est pas au rendez-vous. Il rejoint alors le groupe The Concords. Deux 45 tours et toujours pas de reconnaissance du public. Nouvel essai solo pour le label Success de Rupie Edwards mais là encore le succès en question lui fait défaut. Mais la qualité est déjà là et Gregory Isaacs s'accroche et rejoint Prince Buster. Très peu de temps car il a une idée derrière la tête : l'indépendance. Il veut contrôler ses productions, et il fait bien car c'est comme ça que sa carrière va enfin décoller.

Avec son ami d'enfance Errol Dunkley, ils montent le label African Museum et d'emblée les deux chanteurs sortent un hit chacun : Movie Star pour Dunkley et My Only Lover pour Isaacs. Tout est déjà là : le côté lover et le rastafarisme. Dunkley quitte la Jamaïque mais Gregory Isaacs garde le label. Pour financer ses propres productions, il continue à enregistrer pour d'autres producteurs. C'est un peu George Clooney qui fait des pubs pour le café pour pouvoir faire ses films d'auteur.

Gregory Isaacs In person (dessin)

Gregory Isaacs In person (dessin)

Son premier album, In Person, sort en 1974. il est produit par Alvin Rangling pour Treasure Isle, les Soul Syndicate en backing et Gregory Isaacs en photo au volant d'une énorme voiture rouge sur la pochette. La toute récente réédition montre une peinture réalisée à partir de cette photo initiale. L'une et l'autre sont de très belles pochettes. Suit une tournée en Angleterre. Gregory Isaacs entre dans les plus belles années de sa carrière : 75-85. Il travaille pour Niney, Lloyd Campbell, Ossie Hibbert, sans oublier ses propres prouctions : Sinner Man, Thief A Man, ce qui est assez ironique quand on sait qu'en 1983, Gregory Isaacs ira en prison pour port d'arme illégal. Car c'est aussi cela Gregory Isaacs : un lover, certes, mais un lover enfouraillé!

En 1976 sort son second album : All I Have Is Love. Le succès grandissant de Gregory Isaacs attire l'attention de Virgin qui le signe pour deux albums sur le label Front Line : Cool Ruler (l'un de ses surnoms) en 1978 et Soon Forward en 1979. puis il signe sur le label Pre pour deux nouveaux albums : The Lonely Lover (« amoureux solitaire » comme aurait dit Lio, un autre de ses surnoms) en 1980 et More Gregory en 1981. les tournées en Europe sont à guichet fermé, pourant les deux albums ne se vendent pas très bien. Selon Gregory Isaacs, Pre n'assure pas la promotion, et il les quitte pour Island qui sort en 1983 Night Nurse et Out Deh. Night Nurse est souvent considéré comme le meilleur album de Gregory Isaacs. Et c'est vrai que tout est là : la voix sucrée, les mélodies, le style lover dans tout son éclat. 83 est aussi l'année de son emprisonnement. Grosse grosse année.

En 1984 sort Two Bad Superstar qui propose des chansons de Gregory Isaacs et des chanson de Dennis Brown : les deux géants du lover's rock, les deux artistes de reggae se disputant le titre de chanteur le plus prolifique, et les deux âmes perdues dans les affres de la drogue dure : le crack emportera la peau de Dennis Brown et la cocaïne la voix si pure de Gregory Isaacs.

En 1984 toujours sort l'album Judge Not, produit par Gussie Clarke (celui à qui l'on doit le premier album de I-Roy) pour Greensleeves.

En 1985, Gregory Issacs partage la scène du Reegae Sunsplash avec Sly et Robbie, qui avaient publié l'album Showcase en 1980, mais la voix commence à baisser. C'est la poudre qui parle et les critiques se mettent à le désosser vif. Pourtant c'est loin d'être la fin pour lui. En 1988, il arrive encore à placer un titre dans le Top 10 : Rumours, toujours produit par Gussie Clarke, tiré de l'album Red Rose For Gregory.

On en finit avec le Bad Lover la semaine prochaine. Rendez-vous bugne à bugne avec une compilation assassine : Willow Tree.

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