Dekker, Desmond Dekker

Publié le par Benjamin Mimouni

Desmond Dekker and The Aces Action

Desmond Dekker and The Aces Action

Cette semaine, mon chanteur préféré est Desmond Adolphus Dacres, plus connu sous le nom de Desmond Dekker. Il est le premier, le tout premier, à avoir fait résonner le son des ghettos de Kingston hors de la Jamaïque, en Angleterre et aux États-Unis, avec des tubes comme 007 (Shanty Town) ou Israelites, rasta bien avant l'heure. Son style vocal se situe à la frontière du ska et de la soul. Il a toujours cherché à élargir les horizons de sa musique. Son idole de toujours est Nat King Cole.

Il chante depuis gamin mais il a attendu un peu avant de se jeter à l'eau. Il va voir Derrick Morgan, Jimmy Cliff et Owen « shook shimmy and shake » Gray en concert. Il les écoute, les observe et apprend. Mais il n'est pas prêt à tout plaquer pour se lancer dans une entreprise incertaine. Les pieds sur terre, Desmond. Et puis il aime bien son boulot à Standard Engineering Works. Il travaille avec Bob Marley, son pote avec qui il va voir des matchs de foot ou de cricket le week-end.

Un jour, il apprend que le producteur Leslie Kong cherche de nouveaux artistes pour son label Beverly's Records. Desmond Dekker se présente une première fois mais Kong ne peut pas le voir. Une seconde fois. La même. La troisième fois il force le passage : « Do you want to hear me or not? ». « Alright, sing! », lui répond King. Et il entonne Honor Your Mother And Father, l'une de ses compositions. La chanson plaît à Kong. Il l'enregistre la semaine suivante. Le succès immédiat du titre lui permet de décrocher un contrat. Desmond Dekker va voir son patron et lui demande s'il pourra retrouver sa place si jamais àa foire dans la musique. Bien sûr. Du coup, rassuré, il assume le fait de devenir un chanteur à plein temps. Et les succès s'enchaînent, et très vite la possibilité de retourner à Standard Engineering devient hors de propos.

Au même moment, The Aces signent chez Beverly's. Les groupes vocaux ont le vent en poupe : Wailers, Paragons, Alton Ellis and The Flames. Desmond Dekker rejoint The Aces.

En 1966 la formation explose à l'étranger avec 007 (Shanty Town). La chanson parle de la violence dans les ghettos : certaines zones sont occupées par les gangs de rude boys qui se battent entre et contre la police. L'Etat d'urgence est déclaré en octobre. 007 (Shanty Town) éclipse totalement toutes les autres chansons sur le sujet, y compris celle des Wailers, l'effet James Bond, cherche pas. Desmond Dekker est surpris de ce succès. Il pensait que le public anglais ne serait pas touché par une telle chanson, et pourtant ça fonctionne.

L'album Action sort en 1967. Outre 007, qui ouvre le bal, on trouve plusieurs chansons sur les rude boys : Rude Boy Train, Rudie Got Soul. En 1968, la chanson Intensified est sacrée meilleure chansonb de l'année. Suit un album du même nom. Et quand Desmond Dekker se présente seul en Angleterre pour en faire la promotion, on l'accuse de vouloir tirer la couverture à lui. C'est un malentendu. Il voulait que The Aces soient avec lui mais voilà : Rastas no travel in iron birds. On en est déjà là. Desmon Dekker se retrouve un peu seul, et attaqué de toutes parts. À pleurer. Et puisqu'il est question de pleurer, ça continue avec la mort de Leslie Kong en 1971. Desmond Dekker est dévasté : il n'a jamais travaillé qu'avec lui. Il perd pied, change plusieurs fois de producteur (Trojan, Creole Records) mais le résultat n'est pas convaincant.

Ce sont les rééditions de Israelites et le revival ska de la fin des années 70, début 80 en Angleterre (Specials, Madness) qui vont le relancer. Il signe alors chez Trojan pour cinq albums et renoue avec les charts, rappelant ainsi qu'il est une figure majeure du reggae, même s'il ne se considère pas lui-même comme un pur chanteur de reggae mais plutôt à mi-chemin entre reggae et Tamla Motown.

Il meurt d'un arrêt cardiaque en mai 2006. malgré son immense succès du début, il est un peu oublié aujourd'hui. C'est bien dommage, mais ce n'est que temporaire. En tout cas il faut l'espérer. Le Rude Boy Train sifflera à nouveau. J'en suis sûr. J'engage ma responsabilité personnelle et les ficelles de mon caleçon préféré sur cette prédiction.

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