Coup de feu dans Brooklyn part. 2 : il n'y a de chance que pour la canaille

Publié le par Benjamin Mimouni

Super Cat Si Boops Deh!

Super Cat Si Boops Deh!

Cette semaine, mon chanteur préféré est Super Cat, né William Maragh à Kingston, Jamaïque, en 1963. Franchement, son premier album, See Boops Deh!, produit par Winston Riley pour le label Techniques, est un bijou. J'ai eu le vinyle entre les mains, trouvé dans un OCD pas cher, malheureusement il était tout voilé et illisible. J'ai dû le rapporter la mort dans l'âme et parfois je vous jure je le vois encore tourner sur ma platine tel le membre manquant qui démange encore le mutilé. Prochaine résolution : le retrouver toute affaire cessante.

Super Cat commence sa carrière au Soul Imperial Hi-Fi, un sound de Kingston, sous la houlette d'Early B, puis il écume les divers sound-systems les uns après les autres avant de se poser au sommet du Kilimanjro au volant du jumbo jet Catarak, nouveau surnom. Il enregistre un premier single pour Winston Riley avant de disparaître pendant trois ans pour revenir sous le nom qu'on lui connaît aujourd'hui : Super Cat. Il enregistre alors les chansons Boops et Cry Fi Di Youthplus quelques singles pour George Phang, King Jammy, tout comme son meilleur ennemi, Nitty Gritty. Mais en 1986, sa fidélité à Winston Riley le ramène sur le label Techniques. Sortie de l'album See Boops Deh qui contient notamment un toast sur le cultissime Sleng Teng riddim, une fabrication brutale estampillée King Jammy, la chanson s'appelle Trash And Ready. Et en effet il est prêt à tout démonter. Il appuie fort sur l'accélérateur et va souvent plus vite que la musique, ce qui lui donne un style un peu bancal mais irrésistible.

La même année, il part pour Miami et sort l'album Sweets For My Sweet sur lequel apparaît le morceau Wild Apache (nom de son futur label), considéré par les connaisseurs comme précurseur du style ragga/hip-hop. Super Cat accélère encore, ce n'est plus un jet mais une fusée qui s'envole à la recherche de nouvelles galaxies.

En 1994, il sort The Good, The Bad, The Ugly & The Crazy avec Nicodemus, Junior Demus et Junior Cat, son petit fère, une affaire de famille qui marche. Gros son ragga, un peu moins ma came. Dans la foulée, il produit Cutty Ranks et Tiger. Il pousse encore plus loin en enregistrant un morceau avec le groupe Kriss Kross (vous vous souvenez sûrement des ces deux mardeux avec leurs frocs à l'envers : « Jump, Jump! »), bouclan ainsi ce qu'il avait commencé avec la chanson Wild Apache.

Le 24 juin 1991, son petit frère, le même Junior Cat, le prévient de la présence de Nitty Gritty au Super Power. Une querelle de longue date, dont personne ne connaît vraiment l'origine (la vieille histoire du grand-père de l'un qui aurait buté l'âne de l'autre, ou plus probablement une histoire de drogue) oppose les deux chanteurs. Super Cat attrappe son gun, descend au magasin et tire sur Nitty Gritty sans sommation. Il plaide la légitime défense avec une histoire farfelue de détente enrayée... Et ça passe. Il évite même la prison, laissant le pauvre Nitty Gritty sur le carreau. Il n'y a de chance que pour la canaille! Il poussera même la cruauté encore plus loin en enregistrant le morceau Nuf Man A Dead, qui parle des méfaits des armes à feu parmi les jamaïcains. À mon sens, l'ironie dépasse ici les limites du supportable mais que voulez-vous, les limites sont faites pour être sans cesse repoussées, c'est même à ça qu'on les reconnaît. N'empêche que See Boops Deh est un super album, la chanson Trash And Ready une bête de tuerie (si je puis me permettre...) et Super Cat un des plus grands dégueulasses que la terre ait jamais porté. J'espère que t'as noté la référence mon pote, sinon je peux rien faire pour toi.

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