Je me souviens des jours anciens et je pleure

Publié le par Benjamin Mimouni

Winston McAnuff

Winston McAnuff

Cette semaine, ma chanson préférée est Ugly Days de Winston McAnuff. J'ai déjà eu l'occasion de parler du lascar à plusieurs reprises : à propos de Hugh Mundell (ils étaient copains et ont démarré la musique ensemble), à propos de Derrick Harriott (c'est lui qui a produit la chanson en 1976), à propos de Mackasound (c'est le label qui a réédité Ugly Days en 2005).

En fait, j'en ai parlé un peu tout le temps dès que j'ai pu et à la moindre occasion parce que que, pour le coup, c'est peut-être bien ma chanson préférée, en tout cas une de mes... C'est une putain de bonne chanson tout court (même si ma maman aime pas bien que je dise des gros mots!) Et d'abord c'est quoi une bonne chanson? Voilà la vraie question et comme chacun sait, il n'y a pas de bonnes réponses, rien que de bonnes questions. Mais puisque c'est moi qui pose la question, je vais quand même essayer d'y répondre, c'est la moindre des politesses que je me dois. Je dirais donc un juste mélange d'une musique, d'une mélodie, d'une voix et d'un texte. Comme quoi je me mouille pas trop. Nous voilà bien avancés. Une bonne chanson, c'est un machin qui te soulève de ton fauteuil, te met deux grosses quecla dans ta face et te repose tranquillement. Une bonne chanson, c'est un machin qui remplit ton cœur de joie, comme on dit à l'Église. C'est autre chose qu'un tube. C'est un machin qui te parle à toi. Qui te secoue. Ugly Days me fait cet effet-là : la claque, et l'euphorie à chaque fois. C'est con je sais, mais c'est comme ça.

Winston McAnuff fait partie de la catégorie des chanteurs-chèvres, les chanteurs à la voix bêlante (à ne pas confondre avec les chèvres-tout-court) : Horace Andy en tête (roi de ce pays-là), Jacob Miller, Rod Taylor. Tous ceux-là pour lesquels j'avoue avoir un petit faible. Même s'il ne suffit pas de bêler pour avoir l'heur de me plaire, loin s'en faut... D'ailleurs je ne suis pas très fan du Winston McAnuff d'aujourd'hui, qui collabore avec le Bazbaz Orchestra pour des productions plus rock ou avec Fixie pour du reggae musette. Non moi ce qui me plaît, c'est Ugly Days. À 100%.

Ça commence par des « Oh, Oh, Oh, Oh » qui s'enroulent autour d'une rythmique principalement portée par la batterie, quelques notes clavier, et puis ça se met à chanter :

« I can record that ugly days

Je me souviens de ces vilains jours

Noting we could do no, no!

Noting we could say

Rien à faire, rien à dire

So I prayed and I prayed

Good Jah every day

Alors j'ai prié Jah tous les jours

And he gave I a war

So I could have broke them back the thunder

Broke them back the thunder

Il m'a donné les moyens de faire la guerre

Il m'a donné la foudre.

Ne mens jamais

Dis la vérité

Et le beau temps reviendra.

Voilà de quoi ça cause : la pensée positive, Jah qui fait tomber les éclairs par la bouche de Winston McAnuff pour punir les méchants, qui change les vilains jours pour du ciel bleu. Un peu de chair à mâchouiller. Car il doit y avoir ça aussi dans une bonne chanson : du sens, des mots qui fracassent, et ces deux vers :

« So I could have broke them back the thunder

Broke them back the thunder », sont de ce calibre-là. La voix du chanteur leur confère un peu plus d'urgence.

Je ne sais pas plus qu'au début de cet article ce qu'est une bonne chanson, mais je suis sûr de sûr qu'Ugly Days en est une. Dure de dure. Une chanson en titane, mon pote.

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