Deux agneaux dans le champ des loups

Publié le par Benjamin Mimouni

Dennis Brown Wolf And Leopards

Dennis Brown Wolf And Leopards

Cette semaine, mon producteur préféré est toujours Winston « Niney The Observer » Holness, mais c'est sa longue et fructueuse collaboration avec Dennis Brown, la plus grosse superstar du reggae après Bob marley, qui va plus particulièrement m'intéresser.

Le premier à enregistrer Dennis Brown est Derrick Harriott. En 1968, il produit la chanson Lips Of Wine, d'abord intitulée Obsession. Dennis Brown a à peine douze ans, mais le charisme est d »jà là. Il enregistre ensuite son premier album No man Is An Island. Sur la pochette, une photo de lui pré-adolescent, les joues bien rebondies, grand sourire. Une vraie tête de gamin.

Le succès est déjà au rendez-vous mais c'est Niney qui le fait enregistrer son premier vrai gros tube : Money In My Pocket (J'ai plein de sous mais je trouve pas l'amour...), malheureusement la chanson est présentée comme une production de Joe Gibbs. Niney n'a pas encore son label, mais c'est bien lui qui produit cette chanson. Comme je l'ai dit la semaine dernière, et souvent auparavant, le milieu du reggae est un vrai panier de crabes où chacun tire la couverture à lui. Pas étonnant que cela parte en sucette à tout va et finisse par des coups de couteau ou de fusil. Mais peu importe, car Dennis Brown fait désormais confiance à Niney et les deux hommes vont étroitement collaborer pendant plusieurs années, de 73 à 77.

Dennis Brown Money In My Pocket

Dennis Brown Money In My Pocket

Niney va faire de Dennis Brown l'une des plus grandes figures du reggae. L'ascension commence avec Westbound Train. Le riddim, notamment l'intro à la guitare et la ligne de saxophone, est archi-célèbre et nombreux seront les DJ à l'utiliser, à commencer par U-Roy. Puis vient Ride On, l'un de ses morceaux les plus connus.

En 1974, Niney découvre Michael Rose et décide de le produire : « Pick up and learn... ». Il veut lui donner le maximum. Le problème, c'est que les chansons de Michael Rose ressemblent trop à celles de Dennis Brown. Niney ne peut les commercialiser car il est sûr que tout le crédit en reviendrait à Dennis Brown et étoufferai dans l'œuf la carrière de Michael Rose. Il a alors une idée de génie : refourguer le bébé à son idole. C'est donc Dennis Brown qui va coacher Michael Rose. Il lui lance : « C'est quoi le titre de ce film avec Sidney Poitier? ». Michael Rose : « Guess Who's Coming To Dinner. ». « Très bien, c'est le thème de la chanson que tu dois écrire aujourd'hui! ». La suite, on la connaît déjà puisqu'on a lu il y a peu de temps avec beaucoup d'admiration et un grand intérêt l'article de ce blog consacré à Black Uhuru, le groupe que rejoindra Michael Rose après ses premiers morceaux en solo.

L'année 1977 marque l'apogée de la collaboration entre Dennis Brown et Niney The Observer. C'est à cette date que sort l'album Wolfs And Leopards considéré à juste titre comme le meilleur album de Dennis Brown. Un incontournable, cité comme une référence dans plusieurs inventaires consacrés au reggae. Malgré le coup de couteau planté dans le dos de Niney par Joe Gibbs pour le premier essai de Dennis Brown (Money In My Pocket, toujours), le couple Brown/Niney a tenu bon, une vraie belle histoire de confiance. Voilà une chose à porter au crédit des deux hommes. Au milieu de toutes les embûches et des galères dont l'histoire du reggae foisonne, une vraie entente sincère et constructive a de quoi réchauffer les cœurs et rééquilibrer la balance, même si on apprécie aussi, moi le premier, les histoires de grosses engueulades et la marave. Parfois ça se passe bien, et les deux agneaux parviennent à survivre dans un champ miné, à la merci des grands carnivores : loups, léopards...

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