Est-ce que ça roule Bob?

Publié le par Benjamin Mimouni

Bob Dylan : Bringing It All Back Home

Bob Dylan : Bringing It All Back Home

Cette semaine, mon chanteur préféré est Bob Dylan. Bon, je ne vous cache pas que sa production reggae est plutôt mince, voire inexistante, quoi qu'il soit crédité sur au moins un titre en tant que chanteur, mais nous y reviendrons dans un moment.

Dans les année 2000, le label Ras Records, branche de Sanctary Records, a sorti deux compilations gravitant autour de la personnalité et des chansons du grand Bob (Dylan, pour une fois, ne boudons pas notre plaisir...) intitulées Is It Rolling Bob? A Reggae Tribute To Bob Dylan et Is It Rolling Bob? Dub Versions Visions Of Jamaica (clin d'œil à la chanson Visions Of Johanna) Le design des pochettes de ces deux albums reprend celui de l'album Bringing It All Back Home, qui contient notamment les chansons Maggie's Farm et Mr Tambourine Man. Un fond blanc : « Bob Dylan » écrit en rouge, une fine ligne bleue et le titre de l'album écrit lui aussi en bleu. Une photo où l'on voit Bob Dylan au premier plan, un chat posé sur les genoux entre ses bras croisés, des revues étalées sur le canapé, une femme en robe rouge tenant une cigarette au second plan et une cheminée tout au fond, la scène entière étant parée d'un halo lumineux donnant l'impression d'être vue à travers un verre déformant.

Reggae Tribute To Bob Dylan

Reggae Tribute To Bob Dylan

Les deux albums reggae reprennent donc les mêmes codes graphiques (couleurs et typographie) mais sur le premier (les versions reggae chantées), on remarque quelques modifications : déjà, il ne s'agit plus d'une photo mais d'un dessin, les magasines sont disposés de la même façon mais les couvertures ont changé : une photo de Hailé Sélassié I en une du Time Magazine, l'affiche du film The Harder They Come et une photo de Bob (Marley cette fois) posée sur la cheminée, la femme est maintenant noire et elle ne fume plus une cigarette mais un gros joint. Quant au deuxième album (les versions dub) c'est carrément Babylone : la typographie est la même mais presque tout le reste a changé : il ne reste plus que Bob Dylan, son chat sur les genoux. Le graphiste (Dick Banghan) lui a collé des lunettes à verres fumés sur lesquelles on voit les contours de l'île de la Jamaïque, un badge vert, jaune, rouge, et ses doigts sont en position de rouler un gros pétard, ce qui donne tout son sens au titre de l'album. En arrière-plan, encore du vert, jaune, rouge partout et la végétation tropicale : palmiers, plantes grasses, un bout de plage. On est loin, loin de New-York.

J'ai un peu détaillé les couvertures car la façon de faire est révélatrice de ce qui se passe avec la musique. La première compilation propose des reprises des plus célèbres chansons de Bob Dylan : Knockin' On Heaven's Door, Blowin' In The Wind, Mr Tambourine Man, passées à la moulinette reggae. Le seconde démembre les mêmes titres pièce par pièce pour offrir des versions dub tonitruantes où l'on ne reconnaît plus que quelques phrases de refrain par-ci par-là, des phrases d'harmonica si chères à ce vieux Bob, la ligne de guitare si particulière de Just Like A Woman qui devient juste un peu plus sautillante, plus enlevée. Un travail magistral de la part du producteur Doctor Dread.

Is It Rolling Bob?

Is It Rolling Bob?

Franchement, on peut reprocher pas mal de choses au reggae : c'est chiant, c'est toujours la même chose (ce que l'on entend souvent quand on se dit amateur de reggae en société), mais ces mecs-là sont parvenus à trouver un son qui n'appartient qu'à eux. À travers leurs instrumentations et leurs consoles de mixage, ils peuvent passer n'importe quel morceau de n'importe quel artiste et le faire sonner comme le plus gros reggae qui soit, à mille lieues des versions de Knockin' On Heavens Door proposées par Guns And Roses et Avril Lavigne. On parle ici d'une armée de zicos et d'ingénieurs du son affûtés, qui prônent l'amour et la paix mais sont, de par leur origine sociale et leur couleur de peau, taillés pour la guerre, lions conquérants de la tribu de Judah, prêts à s'en prendre à n'importe quel son et le saigner. On ne peut pas leur reprocher d'imiter, de singer qui que ce soit. Ils sont toujours eux-mêmes. C'est tout. Décomplexés.

Bien sûr, il faut que le matériau initial soit de bonne qualité pour résister à tant de distorsions. Et c'est le cas avec le grand Bob Dylan : « The Inspiration. Jah bless ».

Bon je vous balance quelques noms pour bien montrer qu'on n'a pas affaire à des rigolos. Cela va du plus roots : Don Carlos, Gregory Isaacs, Michael Rose, The Mighty Diamonds, Toots, en passant par le dancehall : Yellowman, jusqu'aux chanteurs actuels : Luciano, Sizzla. Même Bob Dylan est crédité en tant que chanteur (ce que je racontais au début) sur le dernier morceau de la compile dub : I and I Dub. Je n'avais pas menti.

Allez, la semaine prochaine on recommence avec les Beatles. Et là non plus ce n'est pas une blague.

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