Une fête à secouer ton âme mon pote

Publié le par Benjamin Mimouni

Foundation Singers

Foundation Singers

Cette semaine, et pour la première fois depuis que j'ai commencé à tenir ces chroniques, je crois, le volume commençant à faire que je ne suis plus capable de bien me souvenir de tous les détails, mon album préféré est une compilation de plusieurs artistes et producteurs : Foundation Singers Revival Classics Volume 1, chez Attack Records.

Parfois, vous achetez un disque sans trop savoir pourquoi. Il n'est pas cher, il y a deux CD, beaucoup de titres (40), quelques grands noms, et ça suffit. Vous rentrez pour l'écouter et c'est une petite déception. Pas grave, pour quatre ou cinq euro il ne fallait pas s'attendre à des merveilles. Et puis un peu plus tard, vous le ressortez de l'étagère où il était rangé, vous le repassez sur la platine et vous le trouvez génial. Affaire de circonstances, d'humeur, de moment. C'est ce qui s'est passé pour moi avec cette compilation. Maintenant je l'écoute régulièrement, sans m'en lasser.

On est vraiment dans du très très classique, early reggae. Des productions Duke Reid, Leslie Kong et Bunny Lee. On note l'absence de Clement Coxsone Dodd, mais Studio One à son propre business, ses compilations, affaire de droits, ça peut se comprendre.

La pochette est un joyeux foutoir : des photos des chanteurs : Johnny Clarke, Desmond Dekker, Horace Andy, autour du dessn d'un CD gravé des logos des producteurs : Treasure Isle, Attack, Lee's Records. Aucun livret, aucune note. Tous les crédits sont partis dans les droits d'auteur, et c'est parfois une bonne chose. Cela oblige votre serviteur à négocier avec les moyens du bord, c'est-à-dire ses propres connaissances et le son, ce qui est quand même l'essentiel quand on se targue de causer musique semaine après semaine.

Alors je vous la fait un peu comme ça vient. Une première chanson signée Claudette Miller (en réalité une reprise d'un classique soul de Betty Wright) qui parle carrément de son dépucelage :

Tonight is the night (c'est le titre de la chanson)

That you make me a woman

I'm nervous

I'm trembling ».

C'est l'époque qui veut ça. On trouve aussi la chanson Wet Dream de Max Romeo.

On trouve aussi d'autres très grands noms : John Holt, The Techniques, Johnny Clarke, Cornell Campbell, Delroy Wilson, Alton Ellis, Dennis Brown, The Wailers.

Quelques chansons emblématiques : Freedom Street de Ken Boothe, dans laquelle on entend toute la pêche funky du chanteur, à rapprocher de Toots, You Don't Care des Techniques et son riddim à fissurer les murs. Winston Riley, représente! Dans la place. Soul Shake Down Party. Bon Marley. Boom Shaka Laka d'Hopeton Lewis, maintes fois décliné depuis (Apache Indian et son reggaeton de la mort). Let The Power de Max Romeo. Barbwire de Nora Dean, qui se pose sur le riddim des Techniques, décliné plus tard par Eek-A-Mouse avec le fameux Wa-Do-Dem. Tout un programme. On en reparle un de ces jours, promis. Et il sera question d'un vieux survête molletoné bleu.

Et puis la présence d'un très très grand de cette époque, bien trop souvent oublié : Owen Grey, à qui la compilation fait l'honneur de deux titres : Tonight You're Mine et Natty Bongo. La classe intégrale.

Enfin la découverte d'une chanson inconnue d'un artiste adoré, Don Carlos (passé par la machine Black Uhuru avant une carrière solo aussi discrète que lumineuse) : Johnny Big Mouth. Ça chevrote un maximum. Tout, mais vraiment tout, ce que j'aime : Horace Andy, Jacob Miller ou Rod Taylor n'ont qu'à bien se tenir, et pourtant ce sont les spécialistes.

À noter une réédition récente de ce double CD par Rough Trade, dont les éditeurs savent décidément distinguer le bon grain du mauvais.

C'est à Bob Marley que reviennent les mots de la fin :

« We gonna have a soul shake down party tonight (bis)

The way you love me it's alright

When you put your love and arms around me

(Tu mets tes bras et ton amour autour de moi)

And you hold me tight

This is my invitation

I've got a special vacation

I need your concentration

Just to feel your vibration ».

Une fête à secouer ton âme.

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