Dancing Queen

Publié le par Benjamin Mimouni

Sister Nancy

Sister Nancy

Cette semaine, ma chanteuse préférée est Sister Nancy, une petite bombe dancehall jetée comme une furie dans la mêlée. « Go tell your friends that Sister Nancy come again ». Va dire à tes copains que Sister Nancy revient.

En 1981, le titre One Two est son premier succès mais l'explosion à proprement parler se produit avec Bam Bam. Sister Nancy n'a que 19 ans mais annonce déjà la couleur :

« MC is my ambition ».

Je veux être un MC. Comme Yellowman. Qui d'ailleurs offrira sa version de Bam Bam en duo avec Fathead sur Bad Boy Skanking en 1982, en changeant un peu les paroles mais peu importe, l'hommage est là. Et quel hommage! Yellowman, la star des stars qui reprend une chanson de la petite Nancy.

C'est Brigadier Jerry, son grand frère, qui introduit Nancy chez Winston Riley (Techniques). Celui-ci comprend tout de suite le potentiel de Sister Nancy et lui fait d'abord enregistrer One Two, dans laquelle elle se déclare immédiatement DJ certifiée : « DJ with degree ». Représente. Produit conforme de grande consommation, 100% homologué.

Puis c'est au tour de Bam Bam, calée sur le riddim Stalag 17. Et là Sister Nancy prend toute son envergure. Bam Bam est le premier titre dancehall enregistré par une femme à s'imposer. Sister Nancy ouvre ainsi la voie à toutes les femmes DJ à venir : Sister Carol, Lady Ann, Ranking Ann, Lady Saw, Tania Stephens, Sophia George. Avec Sister Nancy dans la place, les filles se rendent bien compte qu'elles aussi peuvent envoyer du gros son et qu'elles n'ont plus à se contenter de faire les chœurs ou de chanter des chansons d'amour à la con.

Bam Bam reprend le rythme et la mélodie d'une chanson des Maytals greffés par la chanteuse sur le riddim ciselé par Winston Riley. Vrai tour de force. Tour de chant. Et réussite fulgurante.

Du coup, Winston Riley peut produire un album complet dans la foulée : One Two, avec plein de bonnes chansons, même si One Two et Bam Bam sont très loin devant. Ces deux titres apparaissent d'ailleurs sur la compilation « Reggae Anthology » consacrée aux Techniques (dont j'ai déjà parlé, faut suivre). Et vu qu'il a fallu ne sélectionner que 36 morceaux, on comprend la place qu'occupe Sister Nancy au sein de l'écurie : elle est à égalité avec The Techniques et Johnny Osbourne. Vraiment pas de quoi rougir, bien au contraire.

Après une si belle entrée en matière, Sister Nancy s'ouvre une belle carrière dans les années 80, où elle fait jeu égal avec Yellowman et Fathead. Tous trois enregistrent ensemble l'album The Yellow, The Purple and The Nancy (avec en plus Purpleman), une production Junjo Lawes de 1982, réédité tout récemment, à se payer sans aucune hésitation.

Puis Sister Nancy disparaît des radars, même si elle continue à se produire et à enregistrer, le succès n'est plus au rendez-vous. Ce sont des choses qui arrivent même aux meilleurs. Surtout aux meilleurs, d'ailleurs.

Quoi qu'il en soit, le début de carrière de Sister Nancy dans le dancehall a été décisif. Et Bam Bam est une bête de chanson à écouter absolument.

Va vite le dire à tes copains.

« My name is Nancy I talk with dignity

A me the woman Nancy »

C'est important d'entendre une voix féminine dans un milieu aussi ouvertement masculin que le reggae. Ça compte. La voix de Nancy a porté. A apporté. Une seule sur trois millions, la face émergée de l'iceberg (encore un juif, aurait dit Gainsbourg), et pourtant...

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