A Shelter From The Storm

Publié le par Benjamin Mimouni

The Heptones

The Heptones

Cette semaine, mon groupe préféré est The Heptones. Un trio vocal typique à cheval entre le rocksteady et le reggae roots. Rockstedy pour les harmonies et déjà reggae pour les thèmes abordés. Equal rights and justice... The Heptones sont des pionniers en matière de commentaire social même si les chansons d'amour douceâtres représentent une bonne partie de leur répertoire.

Le groupe est un pur produit Studio One. Il a été rejeté par plusieurs, notamment Duke Reid, de Treasure Isle (qui n'a pas eu le nez creux sur ce coup-là), avant de tomber sur Coxsone Dodd qui veut protéger le trio et lui donner un abri. Pendant plusieurs années, The Heptones vont apparaître un peu partout dans les productions Studio One. Ils feront les chœurs pour Bob Andy, Dennis Brown, John Holt.

Leur premier enregistrement, Fattie Fattie, la chanson refusée par Duke Reid, devient un succès du Down Beat Sound-System de Dodd malgré (ou grâce à) des paroles suggestives qui lui valent un bannissement des ondes.

Dodd a déjà dans son écurie The Wailers, The Maytals et The Gaylads, mais tous ces groupes font encore du ska. The Heptones ralentissent le tempo et contribuent ainsi pour une large part à la naissance du rocksteady : « I would'nt say that The Heptones were the ones who changed the music, but we know we were responsible for the change too ». « Je ne voudrait pas dire que The Heptones est le groupe qui a changé la musique, mais on y a participé » dira Leroy Sibbles, le leader du groupe, en toute modestie.

Je dis que Leroy Sibbles est le leader même s'il n'a jamais été mis en avant par rapport à Barrington Llewelyn et Earl Morgan, les deux autres membres du groupe, qui avaient d'ailleurs commencé en duo avant d'enrôler Sibbles. Simplement, c'est lui le taulier de fait puisqu'il écrit la plupart des textes, compose et joue de la basse. Barrington Llewelyn est l'autre chanteur. Earl Morgan fait les chœurs. D'ailleurs Dodd ne s'y trompera pas et quand Jackie Mitto s'en va, c'est Sibbles qui prend sa place : il auditionne, compose, joue, écrit, arrange ou chante sur quasiment toutes les productions Studio One, soit ce qui se fait de mieux en Jamaïque, jusqu'en 1971, date à laquelle The Heptones quittent Dodd pour rejoindre Chris Blackwell sur Island et sortit l'album Party Time.

Party Time

Party Time

Et pus un jour le groupe arrête tout. Leroy Sibbles part pour le Canada, comme Jackie Mittoo avant lui. Il a sorti un album solo de la plus belle facture, Come Rock With Me, contenant un superbe duo avec la presque rappeuse Sister Carol. D'ailleurs, sur son album live Direct Hit, Sister Carol rend hommage à The Heptones puisque l'instrumental d'ouverture est le thème de Message From A Blackman, une reprise de The Temptations présent sur l'album Sweet Talking de The Heptones (Studio One 1969). The Heptones n'ont d'ailleurs jamais caché leur goût pour les groupes de soul américains comme The Drifters, The Impressions, The Platters ou The Temptations. Au dos de Sweet Talking, on les voit alignés comme les Dalton, du plus grand au plus petit, bras droit tendu, paume de la main en l'air comme pour faire s'envoler les harmonies vocales, en costar noir, dans le plus pur esprit soul qui soit. La classe. C'est sur cet album qu'apparaissent leurs plus grands tubes : Baby et Only Sixteen. On Top est également excellent. Ces deux albums constituent véritablement la bande son de cette époque.

The Heptones est un super groupe de reggae qui a toujours su rester humble malgré un énorme succès, peut-être parce que Clement Dodd les maintenait cachés dans les locaux de Studio One comme pour les protéger du monde extérieur. Souvenez-vous qu'il avait déjà recueilli et hébergé Bob Marley quand celui-ci n'avait plus de toit (Duppy Conqueror).

« The First time I heard my song on the radio was the thrill of my life... I ran out of my yard down the lane. Listen! That's me! »

« La première fois que j'ai entendu ma chanson à la radio, ça a été le pied de ma vie... J'ai couru dans la rue. Écoutez! C'est moi! »

Voilà pour la modestie de Leroy Sibbles. Ça ne s'invente pas. Ça ne se travaille pas. No superstar.

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