As Long As I Live

Publié le par Benjamin Mimouni

As Long As I Live

Cette semaine, ma chanteuse préférée est Marcia Griffiths, la reine du reggae en personne, forte d'une carrière de cinq décennies au cours de la quelle elle a côtoyé tous les plus grands.

Elle commence à enregistrer pour Clement Coxsone Dodd à Studio One dans les années 60, en même temps que Joe Higgs et Delroy Wilson, en plein âge d'or. Très vite, Dodd lui fait confiance et les autres chanteurs et musiciens l'apprécient. Elle enregistre Oh My Darling en duo avec Bob Marley. Elle chante aussi des chansons écrites par Bob Andy et Jackie Mittoo : Feel Like Jumping, Melody Life, Truly, sur lesquelles on reconnaît très bien l'orgue de Jackie Mitto, notamment ce thème devenue célèbre et mille fois reprise depuis, celui de l'entrée de la mariée dans l'église, version reggae : saccadé et ralenti, comme alangui. Marcia n'est qu'au tout début de sa carrière et voilà un peu les blases des gens avec qui elle travaille.

C'est le producteur Harry J qui la lancera définitivement dans les plus hautes sphères. Il a en effet l'idée de la faire chanter en duo avec Bob Andy, ex-membre des Paragons. En 1969, il inaugure le duo Bob et Marcia avec le tubesque Young, Gifted And Black. Le chanson se classe numéro deux des charts en Angleterre. Les skinheads, gentils à l'époque, rien à voir avec ce qu'ils sont devenus depuis, les adorent. Bob et Marcia partent donc en tournée et se font acclamer. Le succès semble inattendu mais après réflexion, la chanson colle tellement à son époque (le reggae entre en pleine phase conscious, le Black Power est à son apogée : Martin Luther King...) qu'elle ne pouvait que toucher le plus grand nombre.

Tout paraît idyllique mais il y a toutefois une ombre au tableau : comme souvent, malgré les ventes colossales, les auteurs-interprètes ne touchent pas un rond, et ils ne peuvent compter que sur la scène pour gagner leur vie. À l'époque, musiciens et chanteurs étaient payés à la séance, les royalties n'étaient qu'affaire de producteurs et de distributeurs. Il faudra attendre encore quelques années avant que les auteurs-compositeurs n'en prennent conscience et ne commencent à fonder leurs propres labels. L'exemple le plus flagrant est Rivers Of Babylone des Melodians : lorsque Boney M en fait un tube disco international, les auteurs ne touchent pas un centime.

De 1974 à 1981, Marcia est membre des I-Three et accompagne Bob Marley en tournée dans le monde entier. Depuis, elle s'est recentrée sur sa carrière solo et travaille aujourd'hui avec les nouveaux talents du reggae digital : Bounty Killer, Cutty Ranks, Beenie Man, Buju Banton.

Au cours de sa très longue carrière, elle a enregistré avec Coxsone Dodd, Sonia Pottinger, Harry J, Lloyd Charmers et Bunny Wailer. Par ailleurs, sa chanson Electic Boogie reste la meilleure vente de tous les temps pour une chanteuse de reggae (info wikipedia, à prendre avec le recul et les pincettes nécessaires). Car Marci Griffiths est la reine. À elle les records. À elle la longévité.

Elle adore également les Beatles et leur a rendu un bel hommage avec la reprise supra-canon de Don't Let Me Down que l'on retrouve sur une armada de compilations. La classe incarnée. La voix, les arrangements, tout est parfait.

As Long As I Live

Une petite image pour finir : Marcia Griffiths est au piano, elle a une coupe afro ahurissante en mode blacksploitation de l'extrême, elle chante, et elle est hyper-belle, évidemment. Sur le piano, une bougie allumée et deux canettes de bière vides.

Et une dernière chanson pour la route, et pas des moindres : I Shall Sing, co-écrite avec son producteur préféré, Clement Coxsone Dodd, dans laquelle elle dit :

« I shall sing aslong as I live »

Je chanterai aussi longtemps que je vivrai. Et l'inverse est probable. Pour le moment, Marcia tient le cap.

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