Il y a le feu dans le studio... je continue?

Publié le par Benjamin Mimouni

Il y a le feu dans le studio... je continue?

Cette semaine, mon producteur préféré est Lee Perry. Scratch. The Upsetter. On a déjà pu le croiser au détour de l'une ou l'autre de ces chroniques. Je ne voudrais pas m'avancer, mais il me semble bien qu'il est le producteur de reggae le plus connu au monde, ne serait-ce que parce qu'il a lancé les Wailers. Même les ténors que sont Coxson Dodd, Bunny Lee ou Chris Blackwell n'ont pas autant d'écho que lui hors de la maison, et je ne parle même pas des Joe Gibbs, Keith Hudson ou Linval Thompson. Pourtant, de sa vie, on ne sait pas grand chose. Même son année de naissance n'est pas sûre, cela oscille entre 1936 et 1939. Idem pour son patelin d'origine. Il s'agit probablement de Kendal, au centre de la Jamaïque, mais rien n'est certain.

Il arrive à Kingston à la fin des années 50 et commence à travailler au Sir Coxson's Downbeat, le sound de Clement Coxson Dodd. Très vite, Dodd se met à produire ses disques et Scratch reste avec lui, tantôt arrangeur, tantôt auteur, tantôt chanteur, tantôt faisant auditionner les jeunes artistes (en herbe, j'ai pas pu m'empêcher...) qui font la queue devant Studio One le matin. Cela dure jusqu'en 1966. lee Perry quitte Dodd. Désaccord financier.

De 66 à 68, il travaille chez Joe Gibbs.

En 1970, il commence à enregistrer avec les Wailers : Duppy Conqueror, Small Axe, Keep On Moving. Ces titres lui rapportent pas mal d'argent et de considération. Sa collaboration avec les Walers à cette époque a vraiment été du donnant-donnant. En 1973, il est l'un des producteurs les plus influents de l'île, et il a assez de blé pour financer la construction de son propre studio : le Black Ark.

De 1974 à 1979, c'est l'usine, les chanteurs défilent, Lee Perry est aux manettes, les Upsetters, ses musiciens de studio n'arrêtent pas. On engrange du gros gros hit (Hurt So Good de Susan Cadogan, un Uptown Top Ranking avant l'heure, mais le monde n'était pas encore prêt pour la grosse déferlante reggae) et des énormes albums (Police And Thieves, War Inna Babylon, Heart Of The Congos), on fait aussi tourner les piliers (The Heptones) et, bien sûr, on enregistre le meilleur album de tous les temps : War Inna Babylon.

Ensuite vient le craquage. En 1981, Lee Perry quitte la Jamaïque pour la côte américaine, puis les Pays-Bas et Londres avant de revenir.

En 1983, il fout le feu au studio dans un accès de rage carabinée (certains prétendent que c'est pour empêcher Chris Blackwell de récupérer des vieilles bandes de Bob Marley). Ici s'arrête l'âge d'or de Lee Scratch Perry, l'emmerdeur.

En tant que chanteur, il a travaillé avec les plus grands : Joe Gibbs, Dodd, Bunny Striker Lee. En tant que producteur également : Heptones, Junior Byles, Max Romeo, Junior Murvin, Bob Marley. Il a même très nettement contribué à la reconnaissance de certains d'entre eux, y compris les plus illustres.

Il y a le feu dans le studio... je continue?

En 1968, avec le titre People Funny Boy, il avait déjà compris l'importance d'élargir sa palette : les instruments de musique ne lui suffisaient pas et il a intégré des pleurs de bébés à la chanson. Les cris ne sont pas juste un bruit de fond en intro, ils font partie intégrante de la chanson et sont un instrument supplémentaire. En 1968... Nous on allait au music-hall et il fallait se fader le spectacle d'un magicien ou d'un cracheur de feu avant de voir la vedette et Lee Perry samplait déjà des pleurs de bébés pour étirer l'horizon de la musique. Jetlag extrême.

Pour faire simple, Lee Perry est un génie. C'est d'ailleurs le titre d'une compilation que j'ai là sous les yeux. Vingt titres de folie, c'est rien de le dire. On en reparle la prochaine fois.

Commenter cet article