Black Panther Part. Three

Publié le par Benjamin Mimouni

Black Panther Part. Three

Cette semaine, mon chanteur et producteur préféré est Tapper Zukie, parfois orthographié Tappa. Lui, c'est peut-être le plus cinglé d'entre tous.

Il commence sa carrière comme DJ dans les sound-system jamaïcains où il se fait très vite repérer par les producteurs. Malheureusement, il se fait un peu trop remarquer par la police à cause de son comportement de délinquant juvénile. Du coup, à 17 ans, on l'envoie se faire oublier en Angleterre. C'est le producteur Bunny Lee qui le contacte alors et le fait monter sur scène en première partie de U-Roy. Il enregistre ensuite très vite un premier hit avec Larry Lawrence : Jump and Twist.

Au milieu des années 70, il est devenu un DJ renommé en Angleterre et les punks l'adorent. Patty Smith partage la scène avec lui. Tous sont impressionnés par son talent rugueux et sa personnalité.

Lorsqu'il revient en Jamaïque, il travaille à nouveau avec Bunny Lee avant de monter son propre label Stars. À la fin des années 70, il est aussi connu des deux côtés de l'Atlantique. Il se met alors à produire d'autres artistes : U-Roy (retour d'ascenseur), Sugar Minott. Le succès est tel que son travail de producteur va prendre le pas sur sa carrière de chanteur et dans les années 80, il ne sort presque plus aucun album. On peut toutefois toujours l'entendre poser ses toasts sur les faces B des artistes qu'il produit.

Tapper Zukie est un homme engagé, un pur rasta. Ses thèmes de prédilection sont le ghetto (Peace In The Ghetto, Raggy Joey Boy, une chanson qui parle de la vie dans les ghettos et de la façon dont on essaie de s'en sortir), l'Afrique (Marcus, hommage à Marcus Garvey, l'utopiste et prophète jamaïcain exilé qui rêvait d'un retour en Éthiopie : Repatriation Is A Must, MPLA, l'acronyme du Mouvement Populaire de Libération de l'Angola), l'herbe, la paix, la prison (Jailhouse Rock). Que du lourd, lourd, lourd. Le tout sur une musique dépouillée jusqu'à l'os. Une tuerie. S'il ne fallait écouter que trois chansons : Natty Princess, Tapper Roots et Don't Shoot The Youth.

Si on veut pousser un peu plus loin, il faut retenir quatre albums : MPLA et Peace In The Ghetto (1978), Tapper Roots (1979) et Raggy Joey Boy (1982), et avec ça on est armé. Rien à jeter dans tous les morceaux qui les composent. Une production Bunny Lee (Peace In The Ghetto) et les trois autres signées Tapper Zukie. En fait, il a commencé à se faire la main sur ses propres enregistrements avant d'oser produire d'autres artistes, comme les tatoueurs qui commencent par encrer leur propre peau pour assurer leurs gestes. Car ce qui le caractérise avant toute chose, c'est une très grande modestie, voire un manque de confiance en lui. Incroyable avec tout le talent qu'on lui connaît mais c'est ainsi.

La pochette de Tapper Roots est magnifique. Elle vient s'inscrire directement dans mon triptyque Black Panther. On y voit encore une femme dénudée de face, mains sur les hanches, en mode prête pour la guerre, et là on renoue avec la première Black Panther à la mitraillette sur la pochette de Soul Rebel, le regard planté droit dans l'objectif, drapée d'une parure africaine faite de fils noués et de perles de bois qui dissimule, à peine, sa nudité. L'album vient juste d'être réédité. Le seul hic : la pochette a changé, on n'y voit plus la guerrière, mais Tapper Zukie. Petit clin d'œil toutefois, il se tient dans la même position, mains sur les hanches. Une histoire de droits qui ont changé de mains sans doute, c'est bien dommage.

Black Panther Part. Three

Toujours est-il que Tapper Zukie est encore dans la place, aussi sauvage et roots qu'à ses débuts. Et maintenant que j'ai défriché un peu le terrain, courez vite l'écouter, ça vaut vraiment, vraiment, le coup.

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