Heart attack

Publié le par Benjamin Mimouni

Heart attack

Cette semaine, ma chanson préférée est Uptown Top Ranking, d'Althea et Donna, une petite merveille de légèreté ensoleillée chantée par deux lycéennes de 17 et 18 ans, en patois jamaïcain, and ting...

Au départ, il y avait la chanson Three Piece Suit du DJ Trinity (dont le riddim vient d'une vielle chanson d'Alton Ellis, I'M Still In Love With You) qui a tellement cartonné dans les charts que le producteur décide d'enregistrer une nouvelle version encore plus efficace, c'est Uptown Top Ranking. C'est quelque chose de plutôt inédit : en principe ce sont les DJ qui font de nouvelles versions de chansons classiques, rarement le contraire. La version d'Althea et Donna déboîte tout cette année-là et devient le tube reggae de l'été suivant (1978). C'est un peu une chanson à la con, il faut le reconnaître : musique évidente et facile d'accès, mélodie ensoleillée, paroles marrantes, tout pour plaire au plus grand nombre, surtout à un moment où le reggae a le vent en poupe et s'exporte facilement.

Cet été-là, les deux jeunes chanteuses sont de partout : télé; radio, sound-system, discothèques. Elles enregistrent un album dans la foulée et même si aucun titre n'a la puissance d'Uptown Top Ranking, il y a quand même de très bonnes chansons enlevées par leurs vox rigolardes et si complémentaires qu'elles semblent parfois ne faire qu'une, empreintes de foi rastafari (vraie conviction ou effet de mode? La question reste en suspens) : Jah Rastafari, If You Don't Love Jah, The West :

« We got to repatriate »

« Africa where we all come from », ce genre de trucs...

Bien entendu, le succès ne dure pas, et Althea Forrest et Donna Reid sortent de la lumière des projecteurs aussi vite qu'elles y étaient entrées. Elles disparaissent complètement de la circulaton et sombrent dans l'oubli pour ne plus jamais en ressortir. Mais ça ne fait rien, il reste la chanson. L'une des plus populaires de la musique jamaïcaine. Elle sera quasiment de toutes les compilations : un must, un hit, un incontournable, une machine, une péninsule.

Ça cause d'une fille qui se promène dans les rues, qui roule en merco-benz plus de quinze ans avant le crew NTM-Lord Kossity, jolie, sûre d'elle, disant à un garçon : « me voir t'a fait faire un arrêt cardiaque! ». Un tube de l'été je vous dis: no pop, no style et stricly roots.

Dans son autobiographie intitulée La Rage est mon énergie, Johnny Rotten, grand fan de reggae devant l'éternel comme tout punk digne de ce nom (rappelez-vous l'article sur Dr Alimantado), qui a même fait le voyage à Kingston afin de dénicher des talents encore inconnus hors de l'île et en est revenu les valises pleines de tubes, Johnny Rotten, donc, raconte qu'un jour chez lui, pendant une fête, la version instrumentale d'Uptown Top Ranking est passée sur les platines et deux voix se sont élevées pour entonner :

« See me pon the road I hear you call out to me

...

Sey mi gi' you heart attack

No pop no style

I'm stricly roots

No pop no style »

Althea et Donna étaient de la partie donnée chez Johnny. Quand on vous dit qu'elles étaient vraiment de partout cet année-là...

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