Bang Bang

Publié le par Benjamin Mimouni

Bang Bang

Cette semaine, pour continuer sur la lancée des chanteurs qui ont sorti un ou deux énormes tubes qui n'auront pourtant pas suffi à graver leur nom dans le marbre ou les mémoires du Reggae All Of Fame, mon chanteur préféré est Anthony Johnson.

Il apparaît d'un coup sur le devant de la scène avec la chanson Gunshot. La semaine dernière, c'était Michael Prophet avec Gunman. Même sujet a priori mais cette fois-ci le ton est différent : Anthony Johnson a les deux pieds ancrés dans le dancehall et son Gunshot n'est qu'une image, un mot sans signification concrète :

« Every day is a gunshot », soit « Chaque jour est un coup de feu ». Mchael Prophet était dans une veine plus roots, plus descriptive, et Gunman parlait vraiment d'un homme armé d'un pistolet. Anthony Johnson choisit plutôt la métaphore. Nous sommes pourtant dans les mêmes années au même endroit. Affaire de sensibilité...

J'ai un album d'Anthony Johnson présentement sous les yeux : Reggae Feelings. Je vous fais le topo en deux deux : une photo assez dégueulasse, floue, d'un bleu délavé sur laquelle on le voit en gros plan, la bouche tordue par un sourire, bonne bouille, assez maigre. Les crédits nous apprennent qu'il a écrit et composé toutes ses chansons sauf trois, co-écrites avec Jah Thomas, son producteur, dont Gunshot. Aucune date, sinon celle de la réédition CD de 2002 chez Culture Presse, dans la collection Midnight Rock, mais on a de vrais musiciens en backing, les Roots Radics, on doit donc être entre 1982 (année de sortie du single) et 19845-85. Et c'est tout. Pas plus d'infos.

J'avoue que tout l'album n'est pas extraordinaire, mais la première chanson est vraiment convaincante. Elle s'appelle Natty Dread Come In A Dance, et c'est un titre qui se veut fédérateur :

« Natty dread come in a the dance

Baldhead come in a the dance ».

On est loin de Bob Marley qui fustigeait les Baldheads, ces jamaïcains à cheveux ras ayant pris le parti des blancs quelques années auparavant dans sa chanson Crazy Baldhead. Anthony Johnson est encore une fois un pur chanteur de dancehall enclin à la joie et à la fête. Chez lui, Natty et Baldhead dansent la même danse. Les temps changent et l'heure est moins à la dénonciation. Je ne dis pas que l'une ou l'autre position est plus noble, j'expose simplement des faits. Tout le monde sait déjà que le dancehall est plus léger que le reggae roots et conscious, il est parfois bon d'avoir des exemples concrets. En voici un.

« The girls come in the dance

The boys come in the dance

Everyone come in the dance ».

Si tous les morceaux de Reggae Feelings étaient du même calibre que Natty Dread Come In A Dance et Gunshot, ce serait une énorme tuerie. Ce n'est malheureusement pas le cas et c'est sans doute pour cette raison qu'Anthony Johnson est resté un peu hors de la légende. Mais il n'empêche que deux morceaux extraordinaires dans une carrière constituent déjà une très belle réussite, beaucoup ne peuvent pas en revendiquer autant.

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FabFab 04/11/2015 02:58

Anthony Johnson, classique tout de même, pas mal de vrais bons morceaux produits par Linval Thompson en particulier si je me souviens bien. Le style de Linval, heavy roots, assez caractéristique.