Two Bad DJ Two

Publié le par Benjamin Mimouni

Two Bad DJ Two

Cette semaine, mon album préféré est Two Bad DJ de Clint Eastwood et General Saint.

Petit résumé de l'épsode précédent : Clint Eastwood, de son vrai nom Robert Brammer, est un DJ Jamaïcain qui a déjà à son actif plusieurs albums, il est le frère d'un autre DJ très connu : Trinity (Wade Brammer). General Saint est un DJ anglais jusqu'alors inconnu. Tous les deux s'associent et, un soir de 1981, ils enflamment le Hammersmith Palace avec leur chanson, clin d'œil à Freddy Mercury et ses reines de la pop, Another One Bites The Dust (prononcer à la jamaïcaine : Di Dost). Dans la foulée, ils enregistrent avec Junjo Lawes et Chris Cracknell l'album Two Bad DJ, sur le label Greensleeves.

Avant de se lancer dans une description plus détaillée de l'album, un petit mot sur ces noms bizarres : Clint Eastwood et General Saint. Les artistes Jamaïcains sont des fans absolus de la pop culture : séries télé, sport, cinéma, en particulier les westerns et les films de Kung-fu. C'est donc souvent que l'on entend des chansons abordant ces sujets, en particulier quand le reggae se détache un peu du courant « conscious » et rasta au profit de thèmes plus légers. Trinity est l'aîné de la fraterie, il s'est choisit un nom de scène évoquant la foi et le sacré, le pett frère opte pour Clint Eastwood. Cela lui a d'ailleurs valu un procès. Il paraît que le nom était déjà pris... Pas rancunier, il a fait une chanson dans laquelle il raconte que c'est lu le vrai Clint Eastwood (The Real Clint Eastwood). Les chanteurs Jamaïcains ont le don de prendre les chose avec dérision.

Two Bad DJ Two

On trouve donc des milliards de chansons sur Mohammed Ali, héros noir par excellence, grande gueule, mégalo, parfaitement raccord avec les artistes Jamaïcains, sur le Kung-Fu, les vampires, le monstre du Loch Ness, qui vont avec une iconographie de même acabit (voir les pochettes des albums de Lee Perry notamment). Un autre DJ a opté pour le nom de Lone Ranger, tiré d'une série amércaine mettant en scène un cowboy, un autre Josey Wales, ce qui est une bonne alternative : c'est moins risqué de prendre le nom du personnage de fiction plutôt que celui de l'acteur qui l'incarne, un autre encore Charlie Chaplin, là encore, choisir le nom de quelqu'un qui est mort depuis belle lurette peut éviter certains problèmes de copyright.

Quant aux surnoms à consonnance militaire, ils abondent également, pour ne pas oublier que rasta, même s'il se détend un peu, est toujours en guerre contre Babylone (« Get up, stand up ») : General Saint, General Echo, General Smiley, Brigadier Jerry.

Sur Two Bad DJ figure donc le titre Another One Btes The Dust, qui a valu au duo ce succès fulgurant, une version du Ice Cream Love de Johnny Osbourne, hommage à celui qui tenait le haut de l'affiche au Hammersmith Palaca. La chanson s'appelle Young Lover, l'album de Johnny Osbourne sur lequel figure Ice Cream Love s'appelle, lui, Fally Lover... La chanson Two Bad DJ est quant à elle une version, c'est-à-dire une réécriture du texte conservant la musique et le flow du morceau initial, de Two Bad Daughter de Johnny Osbourne qu'on trouve également sur Fally Lover, une bonne source d'inspiration pour Saint et Eastwood. D'autant plus que Johnny Osbourne appartient lui aussi à l'écurie Volcano. Fgurent aussi un détournement du traditionnel américain Old McDonald et un Tribute To General Echo, assassiné par la police quelques mois plus tôt :

« A murdered Star »

« Papa Echo get shot »

« Papa Echo we still remember you »

Toutes les chansons de l'album sont signées H. Lawes/W. Hislop/R. Brammer, c'est-à-dire Junjo, Saint et Eastwood. Une coproduction Chris Cracknell et Henry Junjo Lawes.

La photo de pochette : un grand rasta déguisé en fantôme, les bras levés, planqué sous un drap blanc, plutôt une sorte de moustiquaire qui dissimule mal ses dreads et ses vêtements orange flashy. Clint Eastwood, au milieu, fait mal semblant d'être effrayé : bouche ouverte, yeux écarquillés, la stupeur surjouée. General Saint prend lui un air intrigué, une main sous le menton genre Penseur de Rodin.

Sur les autres photos du livret : des tenues de plage, des chaises longues, des palmiers. On fait voler des chapeaux. La bonne ambiance quoi. Rasta sait rester léger pour dire les choses graves. Les derniers mots de l'album :

« I want blood! »

Fire!

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Toimemetusais 11/09/2015 14:28

La dream team ces trois là. Pour les blazes jamaicains rigolos on a aussi Dennis Alcapone, Half Pint, Cocoa Tea, Nigger Kojak...

FabFab 08/09/2015 01:05

Je me souviens de Lone Ranger à Lyon lorsque le PezNer accueillait encore des veterans DJ avec des sound du feu de Jah... Une pure tuerie. Rod Taylor habitait à Lyon et venait griller des toasts avec tous ces DJ qui passaient tout en profitant simplement du son le reste du temps... Souvenirs.