Two Bad DJ

Publié le par Benjamin Mimouni

Two Bad DJ

Cette semaine, mon duo de DJ préféré est constitué de Clint Eastwood et General Saint, Robert Brammer et Winston Hislop de leurs vrais noms, mais il faut bien admettre que ça claque un peu moins.

Et puisqu'on parle de DJ, c'est l'occasion de faire une mise au pont un peu plus détaillée, ce que je n'ai pas encore pris le temps de faire jusqu'à présent : les DJ Jamaïcains n'ont pas grand chose à voir avec ceux que l'on connaît aujourd'hui. Nos DJ passent envoient les morceaux dans les balloches et les teubois de toutes sortes. Parfois, ils chauffent un peu l'ambiance. Parfois, ils ont composé eux-mêmes quelques chansons. Celui qui fait ce boulot-là en Jamaïque, c'est l'operator (il y a une chanson de Delroy Wilson qui s'appelle Cool Operator). Le DJ Jamaïcain, c'est autre chose. Le phénomène a pris naissance dans les sound-systems, qui sont des discothèques mobiles, soit des camions chargés à ras la gueule de disques, d'amplis, de platines et d'énormes enceintes. Les DJ présentaient les chansons à venir et chauffaient le public. Petit à petit, ils se sont fait une place plus conséquente, à coups de toasts assassins (pas les tartines, hein? Un toast est un texte mi-parlé, mi-chanté, une sorte de rap avant l'heure), débordant sur la chanson qu'ils étaient sensés introduire. Les paroles ont fini par disparaître. Il ne restait plus alors que la musique sur laquelle le DJ laissait aller ses improvisations. Le pionnier s'appelait U-Roy. Puis apparurent dans son sillage I-Roy, Big Youth, Dillinger et Trinity. Vu l'engouement produit en sound-system, les enregistrements studio sont arrivés très vite. À chaque fois que je parle de deejaying, je parle de cette pratique. Je parle d'eux.

Le duo Clint Eastwood et General Saint se forme au début des annés 1980, peu de temps après la mort de General Echo, tué par la police en 1980. General Echo fut le premier instigateur du deejaying grivois, ou slack style. Ses chansons parlaient de sexe plus facilement que de philosophie rastafari (12 Inchs Of Pleasure). Les suivants (Yellowman, Saint, Eastwood, Ringo) se réclameront souvent de sa lignée, lui rendant de nombreux hommages.

Two Bad DJ

Le duo est plutôt improbable au premier abord : Clint Eastwood a déjà enregistré plusieurs albums en solo, General Saint est un petit nouveau. Eastwood est renommé, il est le frère cadet de Trinity (Wade Brammer), Saint est inconnu. Clint Eastwood est Jamaïcain (sortie de son contexte, cette phrase peut paraître bizarre, j'en ai bien conscience), General Saint est Anglais. Pourtant, dès son coup d'essai, le duo fonctionne à la perfection. Le voix chantante de Clint Eastwood et la grosse voix éraillée, poussée au maximum, de General Saint se marient et se répondent avec un naturel déconcertant.

« Ce n'était pas planifié, c'est juste arrivé.

Eastwood et Saint étaient au programme en 1981 au Black Echoes Award Show un dimanche au Hammersmith Palace, je crois que c'était Johnny Osbourne la tête d'affiche. Ils ont fai Another One Bites The Dust et ils ont tordu tout le monde.

Le lundi suivant les gens cherchaient partout la chanson. Elle n'avait même pas encore été enregistrée. On est allé en studio le vendredi et on l'a enregistrée ».

Ces propos sont tirés d'une interview de Chris Cracknell, coproducteur avec Junjo de l'album Too Bad DJ. La traduction est signée bibi, à prendre donc avec modération et pincettes.

La semaine prochaine, on parle encore de Clint Eastwood et General Saint, je n'en ai pas fini avec eux. Il sera plus particulièrement question de leurs surnoms et de leur premier album ensemble, sur lequel figure le titre Another One Bites The Dust ( le lien de parenté avec Queen est très très mince) et aussi un peu de Junjo Lawes et de Johnny Osbourne. Mais juste un peu.

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