Au Palace

Publié le par Benjamin Mimouni

Au Palace

Cette semaine, mon chanteur préféré est Serge Gainsbourg, qui n'es, a priori, pas un chanteur de reggae. Pourtant ses deux albums reggae, Aux armes et cætera (1978) et Mauvaises nouvelles des étoiles (1981), et dans la foulée une série de concerts au Palace puis une tournée, ont marqué l'apogée de sa carrière. Aussi me semble-t-il de bon ton d'en parler ici, sans compter que ça fera plaisir à mon copain l'illustrateur, qui pour une fois verra de qui et de quoi il est question.

Avant Aux armes et cætera, il y a une vraie dichotomie dans le personnage de Gainsbourg qui accouche sans forcer d'immenses tubes pour les autres (France Gall au temps des yéyés) ou pour lui (Sea, sex and sun) auxquels il voue, au mieux, de l'indifférence, et dont les albums les plus commerciaux (L'Homme à tête de chou) sont des gros bides commerciaux. Comme si le public adorait la soupe mais boudait le cuisinier sous prétexte qu'il est, un peu, crasseux. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il ne s'est plus montré sur scène depuis 1964 et une tournée, écourtée faute de mauvais accueil, avec Barbara.

Le déclic se produit avec le groupe Bijou en 1978. les musiciens demandent à Gainsbourg l'autorisation de reprendre sa chanson Les Papillons noirs. Gainsbourg accepte. Il accepte également de venir chanter sur scène avec eux. Et il est acclamé par les jeunes fans du groupe de rock. « Putain! Putain! Putain! ». Il ne s'en remet pas. C'est la première fois qu'on lui fait un tel triomphe.

Dans la foulée, le producteur Philippe Lerichomme lui souffle l'idée d'aller enregistrer un disque en Jamaïque. Via le label Island (le label de Chris Blackwell, producteur de Bob Marley), Gainsbourg recrute ses musiciens. En tête : Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, soit l'ossature-même du reggae. Leur section rythmique basse-batterie est créditée sur près de 15 000 titres! Pour la faire simple : le reggae, c'est eux. Musiciens de studio et de tournée, producteurs (label Taxi), ils ont su se rendre absolument indispensables, si bien que dans les années 70, si un morceau ne les créditait pas en backing, il avait peu de chance de fonctionner en sound-system. Ce sont leurs instruments qui ont fait vibrer l'âme de la Jamaïque.

Suivent les choristes : ce seront les I-Three, rien que! Rita Marley, la femme de Bob Marley, Judy Mowatt et Marcia Griffiths.

Il faut entendre Serge Gainsbourg parler de ses musiciens, fier comme un gamin, et de la façon dont il a su se faire accepter d'eux. Son statut de star pas suffi, même si, à l'époque sa musique était déjà connu en Jamaïque. Le producteur Harry J avait enregistré une version instrumentale à fond les synthés de Je t'aime moi non plus. Gainsbourg a dû leur montrer se qu'il avait dans le bide pour cesser d'être pris pour un rigolo de petit blanc. Assurément, sa musique a parlé pour lui, de même que sa modestie, j'entends sa façon de ne pas se comporter comme un connard à qui tout est acquis sous prétexte qu'il est riche et célèbre.

L'entente en studio sera telle que les Revolutionnaries (le groupe de Sly et Robbie), alors que ce n'était pas prévu au départ, traverseront l'océan pour accompagner Gainsbourg sur la scène du Palace. Seule ombre au tableau, les I-Three, alors en tournée avec Bob Marley aux États-Unis, ne sont pas du voyage. On les remplace.

Au Palace

La série de concerts est un succès, pourtant le disque live qui suit est saboté : son pourrave, ordre des chansons retourné, on perd toute la cohérence. Il faudra donc attendre plus de 25 ans et l'intervention de Bruno Blum (écrivain spécialiste du reggae) et Thierry Bertomeu (ingénieur du son), ainsi que les progrès des techniques de sonorisation pour avoir une bonne réédition en 2006.

on ne saurait trop recommander l'écoute de ce double album. En bonus, deux interviews de Gainsbourg et un joli livret contenant un long extrait de la biographie signée Gilles Verlant (sobrement intitulée Gainsbourg) dont bon nombre des informations de cet articles sont tirées.

Un autre fois, promis, je vous parlerai plus particulièrement de la polémique autour de la version reggae de La Marseillaise. Ça s'appèlera Le Con d'être droit, et il y aura des paras. En voilà du beau pitch!

 

Dessin de Charlie Boy

Commenter cet article

FabFab 16/08/2015 16:20

Serge Gainsbourg fut longtemps le seul chanteur de reggae français digne de ce nom. Et les deux albums, malgré le sabotage initial, laissaient deviner leur puissance musicale. Comme lorsque nous écoutions cette K7 copiée d'une K7 copiée d'une K7, et dont la qualité sonore pourrie n'empêchait personne de reconstruire avec les oreilles et le coeur cette musique que l'enregistrement ne restituait qu'à peine.