Viens voir le docteur : première consultation

Publié le par Benjamin Mimouni

Viens voir le docteur : première consultation

Cette semaine, mon chanteur préféré est Winston Thompson, aka Doctor Alimantado.

La petite histoire raconte que ce DJ jamaïcain a accédé à la plus grande notoriété du jour au lendemain, grâce à une petite phrase lâchée par Johnny Rotten, des Sex Pistolls, au cours d'une interview. Le monde de la musique étant alors en pleine effervescence punk. Il faut bien avoir en tête que fin 70, début 80, les punks et les rastas se côtoyaient plus que ponctuellement, traînant les mêmes clubs, les mêmes disquaires, buvant la même bière. Les rapprochements ne manquent pas. Voir la reprise du Police And Thieves de Junior Murvin Par Joe Strummer et sa bande de Clash, par exemple.

La raison de ces rapprochements : une immigration jamaïcaine conséquente dans le quartier londonien de Brixton, des producteurs désireux de faire résonner le reggae plus largement, du premier tube sirupeux de Millie Small, My Boy Lollipop, parvenant à se hisser dans les premières places des charts anglais en 1964 à l'explosion de Bob Marley via un remixage complet de l'album Catch A Fire par le producteur Chris Blackwell (Island Records) pour le faire sonner plus rock, plus international. Blackwell est le premier à avoir compris qu'il fallait vendre les chanteurs jamaïcains comme des rock stars.

Par la suite, c'est carrément devenu une mode pour un musicien blanc d'aller enregistrer dans les studios de Kingston avec des musiciens jamaïcains : de Paul Simon, le précurseur, à notre Gainsbourg national, en passant pas Bob Dylan ou Eric Clapton, à qui on doit une reprise de I Shot The Sheriff, du même Bob Marley. Un carton.

Johnny Rotten, donc, lachant au détour d'une interview que son morceau préféré est Born For A Purpose dudit Doctor Alimantado. Un morceau qui commence comme un reggae classique, avec toutefois de belles envolées dub (par mal de révèrbe carillonnante) et qui s'achève par une longue instru, axée plutôt percussion. L'album dont le morceau est la chanson titre est sorti en 1981. il est plein de : Merci Lord, Merci Father, de Joe Fraser, de Jah Rastafari, et de Fire! Mais Doctor Alimantado avait déjà à son actif une bête d'album, devenu depuis classique parmi les classiques, pourtant passé inaperçu alors : Best Dressed Chicken In Town (1977), ou le mecton le mieux sapé de la ville... Tout un programme.

Sur la pochette, on voit le Doctor marcher au milieu de la rue vêtu d'un short noir débraillé, braguette ouverte, un morceau de slip rouge qui dépasse, torse nu, lunettes de soleil, locks détachées sur la nuque, des chaussures défoncées, portant une veste en jeans sur son épaule.

Best Dressed Chicken In Town... ou la contradiction faite icône. D'ailleurs toutes les pochettes de Dr Alimantado, du point de vue de l'imagerie, valent largement le détour : sur Born For A Purpose, une série de dix photos où on le voit dans diverses tenues : en survête en train de jouer au ping-pong, en militaire en train de faire son marché (spécialité jamaïcaine : voir l'article sur Jackie Mittoo), portant bonnet et écharpe rasta en train de méditer, les yeux portés sur l'horizon. Une belle déclinaison de docteurs. Sur Love Is il prend la pose sur une moto. Sur Wonderful Time, en costume gris trois pièces, il se fait braquer sur un pont à Paris. Entre-temps, les locks ont bien poussé. Elles lui tombent maintenant au milieu du dos.

Viens voir le docteur : première consultation

Quant à sa musique : du pur deejaying : reprises de grands classiques (Johnny Clarke, Gregory Isaacs, Horace Andy, le fabuleux Ain't no Sunshine d'Al Green), transformation des textes, avec différentes versions sur un riddim identique. Le tout écrit, chanté, produit et arrangé par les bons soins du docteur. Et toujours en coulisse, tirant des fils, actionnant des manettes : Jah feeling inside.

 

Dessin : Sister Sonia

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SLN 28/11/2015 19:33

Encore une variation dans le contenu du texte qui nous en apprend beaucoup. Merci.

FabFab 17/06/2015 00:09

Son toast de "quiet place" a toujours été une des plus jouissives façon d'écouter "quiet place". Les meilleurs morceaux, il faut les toaster, pas juste les écouter. Le toast, c'est danser sur le morceau avec sa voix plutôt que son corps. BIM !

FabFab 16/06/2015 23:55

"Born for a purpose" my dear, ou est-ce volontaire ?

Ben 17/06/2015 08:26

Faute de frappe, je vais corriger ça de suite