Keyboard King

Publié le par Benjamin Mimouni

Keyboard King

Cette semaine, mon artiste préféré est Jackie Mittoo. L'un des musiciens les plus importants de l'histoire du reggae. Sans crise de folie, sans foutre le feu à aucun studio, sans rien casser, sans tuer personne, sans se faire tirer dessus, Jackie Mittoo a traversé quarante ans de musique jamaïcaine, du ska, qu'il a contribué à inventer, au deejaying, en passant par le rocksteady et le reggae roots.
Il est un claviériste de génie, musicien avant tout, pas un chanteur, pas le genre à se mettre en avant, ceci explique peut-être cela.
À quatorze ans, il fonde son premier groupe : The Sheiks and The Rivals. Sa grand-mère lui a appris à jouer du piano dès l'âge de quatre ans, puis de l'orgue.
Plus tard, il rencontre le producteur Clement Coxsone Dodd, propriétaire du légendaire Studio One, qui lui propose de devenir musicien de studio. C'est à cette occasion qu'il rencontre Lloyd Brevett, Lloyd Knibb et Don Drummond, entre autres.
Naissance des Skatalites et invention du ska. Le premier style musical à fleurir sur les terres tout récemment indépendantes de la Jamaïque. Jackie Mitto n'a alors que quinze ans et il marque déjà l'histoire de la musique.
À la séparation du groupe, Jackie Mittoo devient l'arrangeur officiel de Dodd au Studio One. De 1965 à 1968, les hits s'enchaînent : Ken Boothe, Alton Ellis, Marcia Griffith, Delroy Wilson, The Heptones. À chaque fois, Jackie Mittoo est de la partie : il joue, compose ou arrange tout ce que produit Studio One.

Fin 68, il s'exile au Canada, ouvre un magasin de disques et enregistre trois albums : Wishbone (1971), Reggae Magic (1972) et Let's Put All Together (1975).

Keyboard King

En 1971 sort son album le plus culte : Macka Fat, souvent cité parmi les albums incontournables du reggae, chose assez inédite pour un album uniquement instrumental.
Sur la pochette, une photo en noir et blanc de Jackie Mittoo en gros plan, regard méchant, air renfrogné et pas commode.
L'année suivante, sur la pochette de Reggae Magic, un plan plus large, une photo en couleur d'un Jackie Mittoo au milieu de stands de fruits et légumes.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il sait y faire pour mettre son auditoire dans l'ambiance. Du gros son bien épais et urgent de Macka Fat à la légèreté pop de Reggae Magic, le ton est défini dès le départ.
Que ce soit sur ses propres albums ou ceux des autres musiciens, ses sonorités sont clairement influencées par la musique noire américaine : soul et funk en particulier. À tel point qu'il est considéré comme le musicien le plus funky de la Jamaïque.
Sur Reggae Magic, on trouve d'ailleurs une reprise version clavier de la chanson Telstar de Joe Meek, inspirée par la mise en orbite du satellite du même nom en 1962. il faut écouter les deux morceaux l'un après l'autre pour se rendre compte du travail de Jackie Mittoo : la mélodie est la même, mais le son est le sien. Il mouline le morceau de Joe Meek et le réinvente complètement à la sauce jamaïcaine. Un bel hommage, et une démonstration de ce que doit être une reprise.
La fin des années soixante-dix voit arriver le règne des DJ et autres toasters. Ces chanteurs ressortent les vieux morceaux en remplaçant les paroles d'origine par des textes de leur cru, mi-écrits, mi-improvisés, parlés tout autant que chantés, rappés même avant l'heure, ponctués de yYeah! Yeah! Yeah!, commentant l'actualité sociale, politique et musicale de l'île. Le catalogue de Studio One, du fait de ses qualités et de son aura de légende, est tout particulièrement prisé. Les vieux morceaux rocksteady que tout le monde connaît par cœur et adore sont réactualisés.
Comme vingt ans auparavant, la musique de Jackie Mitto est partout dans les sound systems, en Jamaïque et bientôt dans le monde entier. L'univers vibre au son de ses claviers.
Dans les années quatre vingt, il rencontre de nouveaux producteurs : Sugar Minott en Jamaïque, Wackies à New-York.
Jackie Mittoo meurt en décembre 1990 au Canada. Cancer. Mais pour que le boucle soit bouclée, l'année précédente avait vu la reformation des Skatalites. Le groupe accompagnait la tournée de Bunny Wailer. C'est la dernière fois qu'on a pu voir Jackie Mittoo sur scène.

Dessin : Sonia Mimouni

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FabFab 09/05/2015 20:34

Joli travail sur Jackie Mittoo, Crazy Organ Style.

SLN 08/05/2015 08:14

Très bon article. Plein d'infos nouvelles et intéressantes à découvrir.