Ghostbusters

Publié le par Benjamin Mimouni

Ghostbusters

Cette semaine, ma chanson préférée est Duppy Conqueror de Bob Marley and The Wailers. En réalité, ma chanson préférée de Bob Marley and The Wailers, tant pour le rythme (grosse basse en avant toute), la mélodie, les paroles et les souvenirs qu'elle m'évoque, est Mellow Mood, écrite et enregistrée à peu de choses près à la même époque.

« Je vais jouer ta chanson préférée, ma chérie, tu pourras la rocker toute la nuit... »

Mais Duppy Conqueror a une histoire sympathique que je ne vais pas me priver de raconter et devient, de fait, ma chanson préférée de la semaine.

Dans Le Livre de la Jamaïque, Russel Banks écrit que les duppies sont « des esprits sans repos ni résidence des morts, plus furieux qu'espiègles. »

« Les duppies, lorsqu'on sentait leur présence, devaient être évités à tout prix. »

Des esprits donc, mais dans le genre vénère, et plutôt maléfiques. Des âmes en peine hantant des lieux divers et empêchant les hommes d'y pénétrer.

À une époque, Bob Marley était persuadé que l'arrière-salle du studio de Clement Coxsone Dodd, son producteur, le même Clement Coxsone Dodd qui avait engagé Jackie Mittoo quelques années auparavant (mais ça vous le saviez déjà!) était hantée par un duppy. Hors c'est là qu'il avait élu domicile.

Comme tout grain est bon à moudre lorsqu'on se targue d'écrire, il a fait de cette mésaventure une chanson dans laquelle il raconte comment il a vaincu ce duppy. D'où le Conqueror du titre.

Dans la bande dessinée collective intitulée Rock Strips, tome 2, Come Back, éditions Flammarion (2011), dont le principe est le suivant : un artiste ou un groupe, un texte de présentation, un dessinateur et quelques page de BD, c'est Mathieu Sapin qui s'est chargé du sujet Bob Marley. Et il s'est inspiré de cette histoire pour dessiner une courte aventure de son héros Francis Blatte, rasta blanc qui discute avec le poster de Bob Marley qui orne les murs de son appartement. Bob Marley raconte à Francis Blatte que c'est grâce à cette histoire de duppy qu'il est parvenu à séduire Rita, qui deviendra sa femme un peu plus tard. Mais Bob Marley, celui du poster, se dévalorise quelque peu dans les pages de Matthieu Sapin : on ne devient pas l'icône à T-Shirts qu'il est devenu par la suite sans un méchant charisme. Les nombreuses conquêtes féminines qu'il a eu par la suite n'ont d'ailleurs eu besoin d'aucun fantôme pour être séduites.

Ghostbusters

Après le départ de Peter Tosh et Bunny Wailer, Bob recrute les I-Three comme choristes. Il y a Rita, sa femme, Marcia Griffiths et Judy Mowatt. Aucune n'oubliera toutefois sa carrière solo dans l'histoire, avec plus ou moins de succès :

Judy Mowatt devient la première femme à produire un disque de reggae sur son propre label Ashandan : Black Woman en 1980. Dans un milieu aussi macho, c'est un bel exploit.

Marcia Griffiths sort un ou deux albums de belle facture et sa chanson Electric Boogie est à ce jour le morceau qui a été le plus vendu par une chanteuse de reggae. Mais son fait d'arme le plus légendaire reste sa collaboration avec Bob Andy. Ensemble, ils publient l'album Young, Gifted and Black. La chanson titre est must. On la retrouve dans une compilation sur deux, se disputant la première place du classement avec Uptown Top Ranking d'un autre duo : Althea et Donna.

Seule Rita peine à se faire un nom en solo. La faute, sans doute, à l'ombre du vampire géant Bob Marley, dont elle porte le nom et qui flotte autour de sa tête. Ou bien la faute à ce duppy.

 

Dessin : Charlie Boy

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SLN 28/11/2015 19:22

Une petite plongée dans une histoire de coutumes differentes, belle découverte.

FabFab 26/05/2015 18:25

Excellent, je n'avais jamais eu la curiosité d'aller m'informer sur le duppy, et j'ai lu le Livre de la Jamaique il y a trop longtemps pour faire ce rapprochement. Bien joué !